fbpx
Vous aimez cet article ? Partagez-le autour de vous !

Igor OchmianskyTransmutation

Il y a 4 ans je partais, je quittais tout mon confort pour, quoiqu’il arrive, ne plus revenir.
Je pensais que je pouvais laisser la vie là, s’écouler et se finir : j’y ai presque cru…
Pas d’espace pour la vie, pas d’interstice pour le temps, une certitude que tout va s’arrêter là.
Aucune décision, laisser la vie se perdre, laisser son cœur se sécher, son âme se durcir.
Sommes-nous maîtres ? Bien sûr, jamais… Nous croyons que la décision nous appartient. Quelle illusion !

Alors j’ai voulu être le voyeur de mon destin fragile, le regarder sans intervenir, spectateur de ma vie, contrarier sans cesse le plan divin, ne pas lui donner prise, être le contradicteur du hasard (mais n’est-ce pas le joli nom que l’on donne au destin, lorsque nous sommes content de lui ?), ne plus se mettre au service, juste observer et ne pas prendre de position (quelle illusion encore). Penser ne plus avoir à agir, mais même cela, c’est une décision, le fait de ne pas en prendre est le premier paradoxe.
Alors, doucement, il a fallu vivre et remettre ce corps et cette âme abimés en route.

Toujours dans l’expectative de laisser les événements prendre le pas, je regardais le temps insidieusement faire son ouvrage, je décrivais mes jours, mes sentiments dans de nombreux petits carnets qui, au fil des heures, se remplissaient de mes mots, de fleurs, de plumes, de papiers et de nombreux petits sentiments expérimentés.
Je disais “insidieusement” et je ne trouve pas plus juste pour décrire mon expérience. De ce temps de procrastination émergeaient quelques rêves, quelques désirs, ce qui allait en totale contradiction avec l’état que je souhaitais, et qui était installé.

Laisser faire, et toujours pas d’élan pour faire, pas de cette installation dans la vie. Spectateur de mon vide qui se remplissait, je découvrais l’envie. Elle n’était pas très grande, mais elle venait me proposer à moi-même un écho de mes peines qui devenaient apaisées.
Les jours passaient, la transformation de la mort à la vie prenait des chemins surprenants, je parlerai presque d’une transmutation alchimique. Le premier changement eu lieu quand j’eus la conscience de l’amour autour de moi, un rêve : celui d’appartenir à une famille unique, celle choisie par le cœur.
Sans avoir demandé ni provoqué, je me suis vu installé au cœur du cœur de mes rêves, touchant la seule énergie qui puisse guérir de tout, celle de l’amour.

Chaque jour, une épreuve vint s’ajouter, entre autres celle de ma « dés-oursification » : tel le Michka russe, je m’étais mis dans une sorte d’hibernation de tout, dont il est difficile de sortir. Une situation confortable en sorte, qui limite les liens et les contraintes, maintient cette solitude. Qu’il est difficile de maîtriser son destin, qu’il est difficile de ne plus croire, et lorsque l’on a touché sa part la plus sombre de revenir à la lumière.

Un pas puis un autre puis un troisième de côté, un rythme de tango, et voilà que je danse, voilà que je joue, mon corps se balance, et j’entends le bandonéon, son souffle lent.
Ce jour-là, je comprends que je vis, que chaque rêve me ramène, que chaque rêve me rend à moi-même. Les larmes reviennent pour célébrer le jour qui meurt, le jour qui vient, c’est un peu presque rien, c’est un retour aux sensations qui m’entourent.
Une sorte d’ivresse commence : « je me vois m’agir », pas d’autre formule pour décrire cette sortie léthargique.

C’est dans un monastère grec que je vais entrevoir le sens de mon épreuve, au cours d’une conversation improbable avec une none aveugle, qui saura me dire avec une justesse incroyable que pour vivre il faut savoir mourir, que ce refus de vivre est une insulte à la vie. Elle me prendra ma main, avant de bénir elle aura ce geste d’une infinie tendresse.

Et ma carapace se fissure et craque de toute part, je deviens une fontaine de larmes.
Je n’ai plus à lutter, mais à accepter tout, y compris le pire, et comme je l’ai ap pris d’un ange : « Derrière le pire c’est l’amour ».
Et je vais me mettre à rêver sans cesse. Il a fallu de longs mois de cette errance pour ouvrir chaque canal, pour ne plus regarder derrière. Pour me pardonner.

Je suis aujourd’hui confiant, je sais que la chute est facile, mais qu’elle n’est jamais là pour affaiblir. C’est l’occasion de l’introspection lumineuse, le livret explicatif de mes erreurs.
Alors à ce moment, je voudrai rendre un modeste hommage aux anges qui se sont mis sur la route. Ils ont été nombreux à participer de ma guérison, je pense tout particulièrement à celle qui m’a toujours enjoint à accepter sans résistance, avec amour, à bénir sans cesse, qui donne au monde ses couleurs, qui avec ses pinceaux transforme le regard sur le divin en nous.

Quelle fantastique sensation de se rendre compte de tout l’amour qu’il a fallu pour déplacer cette montagne agonisante que j’ai été.
Quel merveilleux plaisir que de souhaiter une résurrection, une libre et douce envie, un désir, de savourer le cadeau immense de la vie, de se laisser aimer sans rien attendre car dans une joie.
Je ne fais que laisser à plus grand que moi la place pour mettre mes pas dans les siens avec confiance..

Crédit photo : Igor Ochmiansky


Vous aimez cet article ? Partagez-le autour de vous !

Igor Ochmiansky

Redonner à l'humain la priorité, révéler le meilleur, ouvrir la fenêtre de l'imaginaire, pour que le sensible ne soit pas que du beau, offrir les images du coeur.

C'est autant d'envies qui font de mon travail, une passion, longtemps enfermé dans la pratique voici que l'envie de l'esthétique ouvre sur d'autres façons de travailler et de voir dans le regard des autres.

Voir tous les articles

Ajouter un commentaire