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Awa Belrose
Seul en pleine nature : un chemin vers soi-même à travers la quête de vision.
Awa BelroseSeul en pleine nature : un chemin vers soi-même à travers la quête de vision.

 Il y a plus de deux cents ans, les missionnaires chrétiens ont découvert chez les Amérindiens un rituel au cours duquel des individus d´âges divers disparaissaient pendant quatre à dix jours, et jeûnaient. Ils partaient s’isoler dans la forêt ou en haut d’une montagne pour déplorer leur état d’ignorance et implorer le Grand Tout, la Source de toute vie (Wakan Tanka : le Grand Esprit) de les guider et de leur inspirer une voie nouvelle. Puis ils s’en retournaient, accueillis avec grand respect par leur tribu. Il s’agissait du rite d´Hanchebleyapi (« pleurer pour une vision »), que l´on appelle encore Vision Quest : la quête de vision.

Jusqu’en 1970, la quête de vision demeurait inconnue car un décret du gouvernement interdisait aux Amérindiens de pratiquer leurs cérémonies religieuses et culturelles.  Ce sont les mouvements Hippie et New age qui, s’étant tournés vers les traditions amérindiennes, en ont permis la résurgence.

Steven Foster (père de la tradition School of Lost Borders, décédé en mai 2003) et son épouse Meredith Little, ont retrouvé le rituel de la quête de vision il y a plus de trente ans et l’ont rendu accessible à notre époque et à notre culture. Ils l´ont dégagée de ses aspects folkloriques et ont remis en lumière les archétypes communs à de nombreux mythes et cultures dans le monde entier. Ces aspects se retrouvent non seulement sur tout le continent américain, mais aussi en Australie (Walk Away aborigène) et en Afrique (divers rites de passage de jeunes garçons vers le stade adulte).

Au Moyen Âge en Europe, la Quête était un pèlerinage dans l’inconnu. L’histoire de Perceval et du Saint-Graal peut être comprise comme une quête sacrée et spirituelle, telle qu’elle a été réalisée par les Chevaliers aux XIIe et XIIIe siècles. On retrouve chez les artisans compagnons cette même démarche de pèlerinage d´étude à travers leur pays pour apprendre et découvrir d´autres façons de travailler leur art. Jusqu´au début de la Seconde Guerre mondiale, ces pèlerinages ou voyages initiatiques étaient légion.

Dans le monde entier, le rituel de la quête est presque toujours structuré à l’identique, incluant certaines contraintes, comme par exemple d´être seul, d´être à jeun, de ne pas demeurer dans des abris construits par l’Homme, d´éviter tout contact humain, etc.).  On y retrouve à chaque fois une phase de détachement (phase de préparation à la quête proprement dite) suivie d´une phase dite de seuil (la retraite ou isolement), le tout clos par une phase de réintégration. A cet effet, les recherches et observations d´Arnold von Gennep, de Joseph Campbell et de Mircea Eliade sont très éclairantes.

Foster et Little ont fondé l’école « School of Lost Borders », une école dite de « travail en pleine nature ». C’est dans cette tradition que de nombreux accompagnateurs de quête de vision européens, notamment en Allemagne, en Suisse et en Autriche, ont été formés.

Dans la tradition School of Lost Borders , la quête de vision décrit une retraite de onze jours comportant quatre jours de jeûne, toujours structurée de façon analogue. Vous êtes seul en pleine nature. Vous êtes là sans distraction ni appareil électronique, livré à la nature, livré à vous-même et aux intempéries. Une bâche servant d’abri, un sac de couchage et un mince matelas, plus quelques bidons en plastique remplis d’eau potable : voilà ce que vous emporterez si vous vous laissez tenter par cette expérience initiatique.

On le comprend, celui ou celle qui s’expose à une telle épreuve doit avoir de bonnes raisons pour le faire. En effet, la faim, la saleté, la solitude, la peur, le froid et la pluie ne sont certainement pas des perspectives très attrayantes… Ces raisons peuvent être des transitions importantes dans la vie, des changements biologiques (tels que le passage de l’adolescence à l’âge adulte, ou l´arrivée à l´âge de la ménopause), ou des évolutions de statut (parentalité, mariage, divorce, retraite) ou bien des bouleversements, des crises de milieu de vie, des décisions importantes à prendre, une maladie, le vieillissement ou encore le deuil. Un désir d´apprendre à s’aimer davantage, de clore un passé douloureux et d’honorer les gens qui nous ont accompagné peut aussi motiver la pratique d’une quête de vision. Ce peut être aussi la volonté de se connaître mieux et d´éprouver ce l´on veut faire dans le futur.

La radicalité de la démarche peut malgré tout surprendre et faire peur, d´une part parce que l’hyper-urbanisation et l´exode rural des dernières décennies ont affaibli notre relation avec le monde naturel. Amputés du ventre de notre mère nourricière la Terre, nous ne percevons plus le Vivant que comme matière première, dénuée de vie propre et seulement destinée à pourvoir à nos besoins. D´autre part, nous ne sommes plus vraiment habitués ni même encouragés à nous tourner vers notre for intérieur, et la surinformation médiatique (désinformation ?) et la sollicitation permanente et chronophage tant « smartphonienne » qu’alimentaire, ou publicitaire, nous détourne de l’essentiel, accapare nos vies, nous laissant exsangue et vides de Sens.

Pourtant, de nombreuses recherches, comme par exemple celles d’Abraham Maslow, de C.G Jung (père de psychologie profonde) mais aussi de Mircea Eliade (spécialiste des rites et religions, philosophe) et de Viktor Frankl (Logothérapie : thérapie par le Sens) ou même de Joseph Campbell (spécialiste des mythes) abondent vers l´idée que la relation au Sacré et au Sens est programmée dans la structure même de la psyché humaine. Ainsi, il est donc fondamental de dynamiser le contact avec nos profondeurs pour accéder à un développement personnel complet. C´est justement ce que la quête permet sous différents aspects, non seulement grâce à la structure qui la sous-tend et au processus dans lequel elle nous projette, mais aussi grâce au contact intense avec la nature, qui en est l´essence. En relançant un contact avec cette intime et silencieuse part de nous qui nous anime de notre centre, la quête de vision est susceptible de guérir ou d’adoucir de nombreuses blessures et de nous laisser percevoir un Sens plus profond à notre vécu et notre vie.

Dans la tradition School of Lost Borders, une grande importance est donnée à la phase de détachement ou de préparation. On y clarifie les aspects relatifs à la sécurité (plantes et animaux dangereux dans la région, comportement lors des orages et des situations d’urgence, et les réactions du corps relatives au jeûne). Les participants reçoivent des instructions pour construire leur abri. Ils y apprennent à concevoir leurs propres rituels, ce qui pourra être utile pendant le temps critique de la retraite. La recherche de l’emplacement de leur retraite est aussi intégrée à la phase de préparation.

Puis un matin très tôt, nous réveillons les participants et les invitons à se rendre au « cercle de seuil », où nous leur disons adieu. Ils disparaissent pour quatre jours et quatre nuits. Ils ne se verront pas, et s´éviteront si besoin est dans la forêt qui les abrite.

Il arrive parfois que certains d’entre eux se sentent dépassés et reviennent sur leur résolution. Mais cela ne constitue pas pour autant un échec : ils ont reconnu leurs limites et pris la décision sacrée de ne pas se mettre en danger.  Cette expérience aussi peut leur servir de miroir.

La phase de retour et d´intégration est un moment extrêmement touchant pour les accompagnateurs, où l´on retrouve l´Humanité dans son expression la plus humble et la plus simple. Le matin de leur retour, nous les attendons au seuil et nous les accueillons avec amour. Le jeûne est rompu de façon rituelle et festive, après quoi les participants se reposent dans le calme.  Le jour suivant, ils ont la possibilité de raconter devant le groupe l’histoire de leurs quatre jours. Cette histoire sera reflétée, c’est-à-dire racontée à nouveau par le guide, mais sans prise de position, sans interprétation et sans expression d´une opinion personnelle de sa part.

Avant le départ, chaque participant est conseillé sur la manière dont il pourra gérer l’expérience une fois rentré chez lui. Le retour à la vie quotidienne est probablement l’étape la plus difficile de l’intégration. Les visions deviendront-elles des réalités ? Après avoir traversé une épreuve aussi extrême et profonde, chacun doit être prêt à retrouver son chemin dans les habitudes de la vie quotidienne.

Si cette expérience vous tente, l´institut allemand Atelier de l´Âme (Seelenwerkstatt) propose chaque année deux à trois quêtes de vision en France et des séminaires de développement personnel, notamment en écologie profonde.

En guidant ces séminaires, je relie mon amour de la nature à mon expérience de l’accompagnement des personnes en fin de vie et en deuil. Je relie mon fervent désir de servir la Vie, à ma connaissance personnelle des déserts de l´âme et des chemins qui en font sortir. Mon approche particulière est basée sur ma confiance totale dans la capacité de résilience que rencontre chaque être humain quand son âme est mise en rapport avec la musique qui l’harmonise, et lui fait souvenir de sa vraie nature.

Je répète aux participants qu’ils font partie intégrante du cosmos, qu´ils n´en sont pas et n´en n´ont jamais été séparés. Leurs possibilités d´expression sont multiples et inépuisables. Je leur parle de ce lieu intime qui ne peut être obscurci par aucune expérience de vie. Je les aide à renaître à eux-mêmes.

Pour aller plus loin :
http://www.seelenwerkstatt.org/index.php/fr/recherche-de-sens/quete-de-vision

@telierdelame.facebook

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Awa Belrose

Awa Belrose

Née en 1973 et anciennement accompagnatrice de personnes en fin de vie, Awa Belrose continue d´accompagner les personnes en deuil ou en recherche de sens en leur proposant des expériences initiatiques en pleine nature. Ayant grandi en Afrique équatoriale, toute sa confiance dans la nature et dans la capacité humaine d´auto- guérison coule dans son travail. Formée à l´accompagnement de la quête de vision pendant trois ans dans la tradition School of Lost Borders en Allemagne par son mentor Haiko Nitschke, elle a fondé en 2007 l´institut Atelier de l´Âme qu´elle dirige en Allemagne, où elle vit depuis bientôt vingt ans.  Depuis 2018 Awa est psycho-praticienne (Heilpraktikerin für Psychotherapie) et a ouvert un cabinet. Elle est formée en communication non violente et en imagination active.

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