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Les femmes sont bavardes et ne parlent que de futilités, on le sait !  Pourtant leurs mots font peur. Dans nos mémoires vit l'image de la commère aux terribles rumeurs vagabondes et mortifères. Les humoristes femmes font leur apparition dans les années 1970 en plein mouvement de libération de la femme. Elles changent de registre : elles prennent de la distance sur ce qui leur arrivent, observent le monde et dénoncent.  Elles proposent un rire qui peut devenir selon Benoîte Groult "une arme également pour attaquer les bastions qui résistent depuis des siècles".  Elles violent les tabous sociaux et les règles de la bienséance : première révolte par le rire, notion clé du comique féminin, voici un rire sacré libérateur.

L’autodérision salvatrice

La femme découvre à la fin du XXe siècle l'histoire de son genre ici et ailleurs; une histoire faite de violences, d'humiliations, de viols incessants, de ruptures dans son intégrité. Une histoire de guérisseuses: des femmes proches de la terre à laquelle elles étaient dévouées, dont elles connaissaient les secrets, les cycles qui leur ressemblent. Une histoire de magiciennes et de sorcières dans laquelle la femme contemporaine s’identifie et  dont elle ressent encore aujourd'hui les injustices. Les sorcières hurlent et rient à la lune ; elles rient des mâle-entendus et des non-dits qu’elles dénoncent encore et toujours aujourd’hui[1]. L’autodérision a été longtemps le seul type d'humour que l'on voulait bien prêter aux femmes : qu'elles puissent rire d'elles d'accord, - vu qu'elles étaient la base de toutes les anecdotes humiliantes – mais pas des autres, quand même ! Lucie Joubert écrit : "l'autodérision fut longtemps l'unique forme d'esprit qu'on acceptait de la part des femmes. Il ne menaçait personne d'autre que l'interlocutrice"[2].  

Attention j'ai une vie privée !… privée de tout !

Muriel Robin

Dans le cœur de la femme d’aujourd’hui,  la colère gronde face à l'absurdité de ce passé commun. Elle se heurte d’abord à la moralité, aux non-dits du corps : la société tait son plaisir, ses turbulences, ses désirs, comme elle nie la destruction du corps et la mort. Les humoristes femmes vont se saisir de ces thèmes en priorité.

« Quand tu arrives à mettre en scène une souffrance, la jouer, ou en parler même de façon informelle comme cela autour d’une table, c’est que tu as du recul, une certaine mise à distance.  Que tu as conscience d’une certaine vie qui ne te convient pas. Cela ne fait pas si longtemps qu’on dit « cela ne me convient pas, je veux changer, y’en a marre… ». Ce n’est pas si vieux. La question avant ne se posait pas ; on se demandait pas si on était heureux ou pas. La génération des femmes avant nous avait déjà envie de « se » dire, mais elles n’étaient pas écoutées. Nous, on  mettait sur scène nos merdes et on se disait que cela n’était pas si grave que cela. » M’expliquent les pionnières Les 3 Jeanne[3].  Une partie de ce rire est fait de douleurs traversées; une saine thérapie pour dépasser le temps de la soumission. Le rire ne nous place-t-il pas dans une position de vainqueur, d’avoir surmonté le problème, la situation ? La femme place le rire, selon moi,  comme venant d'un lieu libre, libéré, en elle.

 

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Marianne Grasselli Meier

Marianne Grasselli Meier

Marianne Grasselli Meier est écothérapeute, musicothérapeute et auteure. Elle donne ses ateliers et forme des praticiens en Ecorituels® en Suisse, en France et en Belgique.
Auteure de  « Rituels de femmes pour s’épanouir au rythme des saisons » Ed Courrier du Livre 2016

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