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Igor OchmianskyRetour à vide

Après une longue absence, retour sur mon île, vidé, encore en vie, plus rien, cœur sec, presque comme lorsque j’ai voulu mettre fin à l’histoire.

En réalité, plus d’issue, même plus de rêve, rien qu’une stupide réaction de survie sans intérêt, animale et triste. Pas de réflexion, la pensée remplacée par les réflexes, le cœur par une place vide pulsative.

Alors quel intérêt, pas d’excitation, pas de désir, j’ai perdu jusqu’à mon âme, sèche, sans possibilité de faire vivre mes pauvres yeux qui ne voient pas la lumière. Muter maintenant ce n’est pas si mal, je n’ai que trop vécu. Ce qui a été fut très bien, pas la peine d’encombrer mon monde avec les scories de mon destin, mais voilà, on ne choisit pas, on ne contrôle pas, on ne subit pas non plus.

Il y a ce sentiment que quelque chose est définitivement cassé, que le lien au monde est changé, qu’une grande liberté est venue en salissant tout.

Un tsunami a mis tout mon monde sans dessus dessous, je ne sais si cela a commencé par un virus récent ou si c’était la faille qui était là présente attendant d’être mise en exergue.

Plus de lieu où se relier, plus de liens auxquels s’accrocher, presque un temps dépressif mais joyeux, unique, fragile, à la limite du rien emportant tout.

Un air de musique peut tout changer malgré toute la lourdeur du cœur à cet instant. Je reviens du néant encore une fois, je reviens de la mort. Je viens de visiter des mondes où j’ai vécu la peur, la seule qui soit d’ailleurs une peur pour moi, ni intellectuelle, ni physiologique, je devrais dire cellulaire. Froide à l’excès, elle est la frayeur ultime, celle qui ne se contrôle ni se raisonne, elle vient en chaque faille faire hurler les pires moments réveillant toutes les cicatrices. Insidieusement, elle vient attaquer la foi, et peut-être devrais-je dire ce que je pensais être la foi, et à tout ce que nous pensons être lumineux. Comme dans un roman de Stephen King, « Ça » vient tuer toute croyance et lève un voile sur l’obscurantisme dont nous sommes coupables, victimes consentantes. Plus un seul discours religieux qui ne tienne, nous voulons tous parler  et expérimenter l’amour, de cet amour incroyable parce qu’inconditionnel, (prémices du paradoxe), nous entrons dans l’église et nous aimons le temps d’une liturgie. À la sortie, remplis de la sincérité du pardon que nous venons de recevoir, nous avons un blanc-seing pour recommencer et mettre à mal la vie, et nous comporter avec tout le cynisme et l’inconscience possible, puisque dans une semaine, nous serons blanchis de nos pires crimes.

Entre inconscience et relations sociales, l’église n’est plus le lieu du divin, combien de fois ai-je entendu lorsqu’un problème surgit et qu’il semble difficile d’y remédier la phrase suivante :  « nous allons mettre ça dans la prière ». Cette prière est comme un container, dont on espère qu’il sera visité par plus grand que nous.

Quel déni, nous ne sommes pas capable d’assumer notre responsabilité, nous sommes des lâches : à quoi servent toutes ces prosternations et prières dites par réflexe ? Où est notre âme ? Où est notre amour ?

Nous ne sommes pas nuisibles le temps d’une messe.

Avons-nous conscience que c’est nous l’église, que c’est nous l’amour. Plus besoin des temples et de leurs tristes marchands : nous sommes les temples, nous sommes nés libres, nous sommes  prophète, roi et prêtre de par notre nature.

Les robes et les artifices ne sont plus les gages d’une exemplarité dont nous avons tant besoin.

Une appréhension dans un premier temps : celle d’avoir perdu la foi, comme on pourrait perdre ses clefs. Puis sont venus les doutes, les questions, sur l’hypocrisie, la perte de sens.

Puis cette joie, de n’en avoir plus rien à faire, de ne plus être relié à toute cette incompréhensible pensée dogmatique.

La sensation d’être dans une voie intérieure sans fard, d’une infinie liberté sans dictat.

Ma sensation, mes mots sont : « ils sont allés trop loin ». « Ils » : tous ceux qui ont contribué à la de responsabilisation. Ils donnent consignes, et conseils en coupant la capacité au libre arbitre, au choix intime. Sous couvert d’être une autorité morale, spirituelle ou autre, je suis devenu un enfant sans défense entre leurs mains.

Alors cet épisode douloureux n’est-il pas une porte ouverte à une prise de conscience.

Attaché à une liberté certaine, il est difficile de se faire enchaîner à des concepts infantilisants, comme une prière qui est un acte intérieur personnel et ne peut être dicté dans sa forme. Alors je veux passer à l’acte, j’arrête d’en parler, et dans la mesure de ma capacité je donne cet amour sans restriction. Plus personne ne me dira comment, quand, pour qui, pourquoi, avec qui. Je garderai ainsi l’intégrité de cette capacité.

Il me reste encore cette foi d’ailleurs qui n’a plus rien à voir avec celle qui occupait la place. Celle-ci s’interroge, doute, remet en cause, a des aspirations différentes. Elle ne peut être compromise, puisqu’elle est libre par essence.

J’ai fini mon deuil de ce monde excluant toute anormalité, la joie qui m’habite aujourd’hui est peut-être éphémère, mais elle est le reflet d’une profonde mutation sincère, libre des hypocrisies dogmatiques.

Seul l’amour permet de muter selon moi, croire ne sert à rien. Il est temps d’agir, ce qui nous est vendu pour de la foi n’est qu’une coquille vide, pleine d’abstraction, un bien de consommation qui permet d’avoir bonne conscience. Les cierges sans intention n’éclairent toujours pas... mais un regard porteur d’amour est un soleil pour ceux qui le croisent.

Je ne laisse plus les références morales spirituelles ou politiques me dicter mes choix, j’ai tant lutté pour survivre qu’il n’est pas pensable de laisser mon âme se perdre.

Je croise mes monstres et animaux, parfois je leur tiens tête pas toujours, souvent je tombe mais seule ma force personnelle me relève. Je ne la dois à aucun dieu, ma force intérieure est le dieu que j’appelle de mes vœux, le pacte divino-humain demeure en moi.

Je suis maintenant dans cette gaité euphorique qui relève du ravissement, cette élation jubilatoire où il n’y plus d’enjeu plus de peurs. Finalement, est-ce que perdre la foi, ce n’est pas la retrouver sous sa forme originelle sans tache, sublime de sa lumineuse royauté ?

Comme toujours il aura fallu un monde, une épreuve, un orage sans nom, descendre aux enfers de sa vie pour voir que ce n’est qu’un début, qu’un pas, mais celui-ci rend libre d’une façon merveilleuse.

Crédit photo : Igor Ochmiansky. Vous pouvez retrouver et acheter cette photo ainsi que beaucoup d'autres sur son site Ochmiansky.pro


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Igor Ochmiansky

Redonner à l'humain la priorité, révéler le meilleur, ouvrir la fenêtre de l'imaginaire, pour que le sensible ne soit pas que du beau, offrir les images du coeur.

C'est autant d'envies qui font de mon travail, une passion, longtemps enfermé dans la pratique voici que l'envie de l'esthétique ouvre sur d'autres façons de travailler et de voir dans le regard des autres.

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