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Note de l'éditeur : retrouvez les articles précédents de cette série sur le voyage initiatique d'Hélène au Bhoutan en cliquant ici.

Ce matin…

Le soleil brille et les enfants partent pour l’école, en tenue traditionnelle. Après le petit déjeuner, nous entamons la prière qui est aujourd’hui dédiée à Vajra Kilaya; Vajra Kilaya est une forme très courroucée de Vajrasattva, le bodhisattva de la purification.  Nous rejoignons ensuite un stupa, situé à quelques minutes à pied de l’hôtel, afin de fabriquer nos propres « tsa-tsa » : ces petites formes que nous apercevons de toutes parts, accrochées au flanc de la montagne, parfois par milliers, se tenant bien serrées,  les unes contre les autres. Karma, Penjor et Changaï sont déjà présents au pied du monument alors que nous arrivons ; ils assouplissent une pâte marron qui nous servira de matériau de fabrication. Je m’interroge sur la manière dont nous allons procéder pour faire ces tsa-tsa, ayant une pensée amusée pour mes exploits remarquables, lors de l’atelier « mandala » du début de voyage ! L’odeur de maïs qui se dégage de l’endroit est aussi surprenante qu’agréable ! Karma nous explique que les tsa-tsa sont en réalité fabriquées au moyen de deux types de matériau. Ainsi, si nous faisons cette offrande à la rivière, les tsa-tsa seront réalisées avec de la farine de maïs, mais dans le cas où les tsa-tsa sont laissées à la terre, ils seront fabriquées dans cette même matière. Nous allons donc utiliser cette pâte à base de farine de maïs pour remplir de petits moules huilés puis façonner la base en forme de carré ; pour terminer,  il faudra y glisser une petite graine de maïs, symbole de la vie.

« Mais que représentent ces tsa-tsa qui sont tout aussi omniprésentes, dans votre pays, que les drapeaux à prières ?

- Eh bien … Ce sont des représentations miniatures des stupas… Il est d’usage d’en fabriquer un nombre impair, entre un et quinze, puis de les dédier aux esprits, aux animaux, aux amis ou à soi-même. Dans la tradition bouddhiste, faire ériger un stupa est un devoir, mais le coût en étant élevé, peu de personnes peuvent le réaliser. Ainsi, la fabrication pieuse des tsa-tsa remplace symboliquement la réalisation d’un stupa. À ce sujet, vous trouverez toujours, à l’intérieur du stupa, une branche ou un morceau d’arbre qui symbolise la vie.  C’est aussi pour cette raison que nous glissons un grain de maïs dans chaque tsa-tsa. »

Le lama nous prie d’être présent à notre tâche et de garder à l’esprit ce pour quoi nous voulons faire notre offrande, puis il entame la récitation de la prière alors que nous commençons à remplir les moules. Nous travaillons en chuchotant, sereinement et avec le sourire aux lèvres. Nous faisons ensuite la circumambulation du stupa puis rejoignons le bus pour ensuite rallier la rivière, les plateaux en équilibre et toujours… le sourire aux lèvres ! Écoutez un peu la grande sagesse des anciens, ces créateurs de rituels qui nous apprennent ainsi : « Les tsa-tsa, jetés dans l’eau, porteurs de nos vœux, seront mangés par les animaux les plus petits, ceux qui se nourrissent de farine, puis les plus petits seront à leur tour mangés par de plus gros ; les poissons deviendront la nourriture des oiseaux et ainsi, maillon après maillon, tous les êtres feront rayonner autour d’eux les vœux contenus dans les tsa-tsa… » N’est-ce pas d’une merveilleuse simplicité ?

Nous arrivons près d’un pont orné comme toujours de drapeaux à prières, et nous nous plaçons en son centre. Lama commence la prière… Personne ne bouge, personne ne rompt cet instant unique. Et puis, Karma nous fait signe de commencer à lancer nos tsa-tsa dans la rivière. Je commence par doucement prendre ce minuscule stupa au creux de ma main… Je regarde longuement les flots qui s’écoulent sous mes pieds en repensant à tout ce qui a été dit, aux vœux que je place dans ce fragile petit objet, aux animaux qui emporteront mes vœux jusque dans les cieux les plus élevés ou ceux qui sont les plus lointains. Je pense à la sérénité qui m’entoure et à la douceur du jour. Et puis, je lance ma tsa-tsa loin devant moi sans la quitter des yeux et regarde Catherine faire de même, puis Béa … Nous en prenons une seconde, entourés que nous sommes, de cette ambiance de douceur, de chants sacrés et d’émotions. Une troisième finie sa course dans les eaux tourbillonnantes, accompagnée par mes larmes … Fichues poussières du Bhoutan !

               Penjor nous conduit ensuite au pied d’une colline d’où nous entamons une promenade à travers les rizières et les champs pour rejoindre un temple somptueux que nous apercevons, tout au sommet: celui de Khamsum. Je marche à mon rythme, sans autre compagnon que moi-même, observant la nature qui m’entoure. J’entame les derniers lacets qui mènent à l’entrée du temple puis aperçoit le mur d’enceinte en pierres qui s’est laissé envahir par un magnifique bougainvillier blanc et luxuriant ; quant à la porte qui nous mène à la dernière volée de marches avant le temple, elle est encadrée par des glycines et des plantes grasses. Si le paradis existe, il doit ressembler à ce vaste plateau qui nous accueille et domine toute la vallée ! Je m’imprègne de la douceur du lieu, de cet endroit paradisiaque et de cette vue magnifique.  La chaleur est étonnante en regard de ce que nous avons connu au début de notre périple. Je déambule tranquillement, allant du point de vue, au Bhoudda qui fait face au temple, du temple à l’espace vert qui lui répond. Je finis par m’asseoir sur l’herbe, m’allonger et regarder le ciel un moment puis je m’assois à nouveau, étends mes jambes, ôte mes chaussures…Tous ces gestes auxquels nous ne prenons plus garde dans notre quotidien trépidant, reprennent peu à peu leur place dans le champs de mon attention… Tous ces éprouvés que sont la soif, la faim, la chaleur du soleil sur ma peau, la sensation de l’herbe sous ma tête, du sol sur mes fesses et que sais-je encore, toutes ces sensations reviennent tout autant.  En attendant les autres personnes du groupe, j’observe ce qui m’entoure : la nature, les quelques touristes, les deux ou trois chiens errants qui viennent quémander un repas ou une caresse, les moulins à prières qui tournent et qui tintent. Nous entrons à présent dans le temple avec le lama qui se propose de nous expliquer la symbolique des statues et des peintures représentées sur les trois étages du chorten.

« Ces statues sont très colorées : le blanc est le symbole de pureté et le jaune, celui de la sagesse… Quant au rouge, ici, il représente l’infinie compassion envers toute chose. Le bleu représente l’équanimité et le vert, le kharma. (…) Les quatre activités du Bouddha sont : dissoudre les mauvaises choses, pacifier les souffrances, attirer toutes les qualités et amplifier les aspects positifs (comme la compassion). Vajra Kilaya a pour mission de supprimer tous les obstacles de notre vie. Il est aidé dans sa tâche par quarante-quatre « lieutenants » qui sont représentés dans le stupa par les quarante-quatre statues à tête d’animaux. Dans le stupa, il y a aussi de très nombreuses têtes de mort qui représentent à la fois, l’impermanence de la vie et la purification des mauvaises actions (…) »

 

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Hélène Hubrecht

Hélène Hubrecht

Hélène Hubrecht est orthophoniste, animatrice d'ateliers de méditation pour enfants et auteur. La quête de sens occupe une place centrale dans sa vie du plus loin qu'elle se souvienne et après un premier voyage initiatique au Bhoutan, puis la rencontre d'Ernesto Ortiz, elle s'oriente de plus en plus vers la méditation puis la transmission. C'est aussi une maman célibataire passionnée qui accompagne les familles depuis bientôt 20 ans avec le double regard : scientifique et spirituel.

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