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Pression de performance

par | 3 Sep 2019 | Amour et sexualité | 0 commentaires

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Le premier pas est de discerner les schémas qui nous enferment

En faisant l’amour, nous ne sommes pas toujours conscients que nous sommes sous pression, que nous cherchons à obéir à certaines injonctions ou que des petites voix intérieures nous diffusent conseils, mises en garde, comparaisons, reproches, etc.

On est soumis à une pression de performance sans s’en rendre compte, cela nous colle à la peau. En nommant différentes modalités d’expression de cette pression, j’aimerais vous aider à prendre de la distance vis-à-vis de ces mécanismes. Le premier pas est de prendre conscience des schémas qui nous enferment, une fois qu’ils sont mis en lumière, s’en dégager est relativement facile, parfois il peut suffire d’en rire.

Pression de performance chez l’homme

La pression de performance ne s’exprime pas de la même façon chez l’homme et chez la femme. Souvent on considère que c’est surtout l’homme qui subit une forte pression de performance dans la sexualité, mais, comme nous allons le voir, même si elle est plus subtile chez la femme, elle est également présente.

Dans la sexualité conventionnelle, l’homme doit avoir une érection. Or, l’érection n’est pas contrôlable, parfois l’homme voudrait avoir une érection et elle ne vient pas, d’autres fois il préférerait ne pas avoir d’érection dans une situation donnée et elle est là.

Dans la perspective de la sexualité consciente, peu à peu les amants accordent de moins en moins d’importance à la présence de l’érection. Ils découvrent que les expériences sexuelles les plus profondes résultent d’un échange d’énergie entre les organes génitaux. Le pénis agit comme une force émettrice et le vagin comme une force de réception. Plutôt que de rechercher la friction entre les organes génitaux pour faire monter l’excitation, ils goutent à la douceur d’une relation de connexion entre le pénis et le vagin. La pénétration peut se pratiquer avec ou sans érection, car, qu’il soit en érection ou non, le pénis reste un organe dynamique qui canalise l’énergie*.

Dans l’approche conventionnelle, si l’érection ne se manifeste pas quand l’homme la juge nécessaire, il va recourir à la stimulation, faire monter l’excitation pour obtenir cette érection. La femme souvent l’aide, par des caresses avec les mains ou la bouche, sans être bien consciente qu’un haut niveau d’excitation de son partenaire n’est peut-être pas la meilleure chose pour la suite du rapport.

Pour un homme, ne pas avoir d’érection ou sentir qu’il est en train de la perdre peut le placer dans une grande insécurité face à lui-même et face à la femme. Certaines femmes pensent que si leur partenaire n’a pas d’érection, c’est qu’elles ne sont pas désirables ou qu’elles ne sont pas aimées. Le dire à son partenaire ne fait souvent que renforcer le malaise.

Cet impératif de l’érection pèse lourdement sur les épaules de l’homme et souvent le recours à la petite pilule bleue (Viagra ou Cialis) est un moyen d’alléger cette pression et de sortir de l’insécurité que l’homme peut éprouver quand l’érection n’est pas toujours au rendez-vous ou qu’elle se maintient difficilement sur la durée.

Le deuxième impératif pour l’homme : ne pas éjaculer trop vite pour pouvoir donner du plaisir à sa partenaire et si possible lui permettre d’atteindre l’orgasme. Or là aussi, pour beaucoup d’hommes l’éjaculation n’est pas sous leur contrôle. Très souvent, elle se produit avant que l’homme ne la souhaite vraiment. Et plus le niveau d’excitation est élevé, plus le risque d’éjaculer trop vite est grand. Si, pour répondre au premier impératif, l’érection, on a recours à une forte stimulation, au moment de la pénétration, il se peut donc que le niveau d’excitation compromette le deuxième impératif !

Troisième impératif : donner du plaisir à sa partenaire. Pour beaucoup d’hommes, le plaisir éprouvé par leur partenaire est tout aussi important que leur propre plaisir, peut-être plus encore. L’homme est très identifié à sa performance sexuelle. L’idée qu’il se fait de ses performances sexuelles joue un grand rôle dans son estime de lui-même. L’homme qui se sait un bon amant et celui qui doute de sa capacité à être un bon amant n’auront pas la même confiance en eux et dans la vie.

Ainsi, dans la sexualité conventionnelle, l’acte sexuel est assez balisé : avoir une érection pour pouvoir passer à la pénétration, maintenir un certain niveau d’excitation pour ne pas risquer de perdre son érection, pas trop d’excitation non plus pour durer assez longtemps et donner du plaisir à sa partenaire, l’amener à l’orgasme et si possible, le fin du fin, atteindre l’orgasme ensemble. Ça peut paraître caricatural, mais si vous regardez bien… est-ce que vous ne vous reconnaissez pas sur certains points ?

Dans la sexualité conventionnelle, nous avons un but à atteindre, l’orgasme, et nous « faisons » ce qu’il faut pour cela, nous accomplissons une performance.

L’invitation du Slow Sexe est de passer d’une attitude basée sur le « Faire » à une attitude détendue, dans l’« Être », être dans l’intimité, avec l’autre, en étant qui je suis, comme je suis, en contact avec ma réalité, dans l’acceptation de moi-même, dans l’ouverture à moi-même, à mon corps, à ses réactions.

Pression de performance chez la femme

Si vous êtes une femme, est-ce qu’il vous est déjà arrivé de vous dire : « je ne ressens pas de désir sexuel alors que je devrais en ressentir. Il y a quelque chose qui cloche avec moi… » ou bien d’être inquiète à l’idée de ne pas être assez lubrifiée. Pour certaines, cela peut devenir une obsession qui génère peur et anticipation. Comme s’il y avait une idée dominante à laquelle les femmes doivent se soumettre : la femme « doit » être lubrifiée naturellement. Alors que toutes les situations sont possibles : la femme peut se sentir prête pour la pénétration et ne pas être lubrifiée (utiliser un lubrifiant est alors une très bonne idée), elle peut être lubrifiée et pourtant ne pas se sentir prête pour la pénétration (alors écouter son corps est capital pour la suite de la rencontre), elle peut être lubrifiée et prête, etc. Pour certaines femmes, la lubrification ou son absence est un bon indicateur pour sentir si elles sont prêtes ou non. Mais ce n’est pas le cas de toutes les femmes. C’est tellement important pour nous les femmes de développer notre capacité à écouter notre corps, à lui faire confiance comme il est, sans penser qu’il devrait être autrement.

Bien sûr, pour l’homme aussi, il est capital de ramener son attention en lui-même et de se mettre à l’écoute de son corps. Mais les femmes ont tendance encore plus que les hommes à douter de leurs perceptions, à croire qu’elles ne sont pas « normales », peut-être parce que nous avons été soumises à des injonctions ancestrales de soumission.

Il y a pression de performance dès que j’ai une idée de comment ça « devrait » se passer, de ce que je « devrais » éprouver dans l’acte sexuel.

Un aspect assez subtil de la pression de performance qui pèse sur les femmes, c’est qu’elles ont bien conscience de la pression qui pèse sur leur partenaire, et leur tendance est de chercher à l’en soulager, à le rassurer, à lui faire plaisir, à anticiper ses besoins ou à se conformer à ses attentes.

Et cela se manifeste de différentes façons. Nous allons dire « oui » à la pénétration alors que notre corps n’est pas vraiment prêt… nous sentons que notre partenaire a une érection, qu’il a un peu peur de la perdre et que s’il passe à la pénétration maintenant, ce sera plus simple pour lui… alors nous disons « oui » alors que notre corps, notre vagin, aurait besoin d’encore un peu de temps pour dire vraiment « oui ». Ou bien, lors de la pénétration, le pénis vient heurter un endroit douloureux du vagin et plutôt que de dire « ça fait mal, est-ce que tu pourrais aller plus doucement », nous faisons semblant de rien ou même nous laissons échapper un son qui lui laisse croire que c’est agréable. Sans oublier le cliché : nous simulons l’orgasme… notre partenaire est rassuré, il a bien accompli sa performance du bon amant.

Plutôt que d’écouter notre corps et les indications qu’il nous donne, nous faisons ce que nous croyons être « bon » pour notre partenaire. En suivant ce schéma terriblement féminin, nous nous éloignons de notre vérité, de notre corps.

Une invitation à se détendre dans ce qui est

Or l’expérience sexuelle est une expérience intérieure. Les sensations du corps sont notre fil rouge pour accéder à la richesse de notre potentiel sexuel.

Dans cet article, il ne s’agit pas de donner des solutions, mais de permettre une prise de conscience des mécanismes à l’œuvre. Quand nous sommes pris dans ces schémas, notre attention est à l’extérieur de nous-mêmes, nous poursuivons des idées, nous cherchons à influencer, manipuler notre réalité corporelle ou celle de notre partenaire, et tout ceci le plus souvent à son insu.

L’invitation du Slow Sexe est de ramener notre attention à l’intérieur de nous-mêmes, notre corps est notre meilleur allié dans ce retour à soi. Écouter les sensations qui se manifestent dans le moment présent, ne pas chercher autre chose que ce qui émerge à ma conscience, faire confiance à ce que j’éprouve (lâcher l’idée que ça devrait être autrement)… en un mot : me détendre dans ce qui est. Et de cette attitude d’ouverture à soi-même, d’acceptation de soi, découle naturellement une aptitude à être transparent vis-à-vis de son partenaire. Communiquer à mon partenaire ce qui se passe pour moi devient alors plus facile.

Dans un prochain article, nous verrons combien la communication est une clé précieuse pour l’épanouissement de notre sexualité.

  1. B. Dans cet article, comme dans les précédents, de façon implicite, je parle de sexualité au sein d’un couple hétérosexuel. Loin de moi l’idée d’exclure d’autres formes de sexualité. Il s’agit simplement d’un partage d’expérience et mon expérience est essentiellement hétérosexuelle.

* Pour des explications pratiques sur la pénétration sans érection voir l’ouvrage d’Anne et Jean-François Descombes Le Slow Sexe s’aimer en pleine conscience aux éditions Poche Marabout.

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