fbpx

Présence Orange

par | 6 Avr 2019 | Bien-être et santé | 0 commentaires

En fin d’article, Nathalie vous propose au format audio une méditation sur la créativité.

Lalita regarda sa montre. 7h30 ! Déjà ! Elle ne comprenait pas où étaient passées toutes ces minutes depuis ce matin 6h… Elle avait déjà cuisiné pour toute la famille, fait l’offrande du matin, habiller ses 2 petits pour les envoyer à l’école avec leur déjeuner du midi, en vérifiant bien que leurs devoirs soient faits, et ah oui ! Envoyer le mari au travail avec lui aussi sa lunch box.

Elle devait encore se préparer et s’habiller pour partir travailler. Elle allait être en retard !

Les rues de Pondicherry hurlaient déjà des klaxons à tue-tête, et la chaleur de la journée se faisait sentir dans sa petite cuisine aux odeurs d’épices piquantes.

Elle eut une baisse de tension. Sans réfléchir, elle se cala le dos contre un mur, et se laissa glisser sans résistance vers le sol. Comme aspirée.

Comment en était-elle arrivée à ce point ? À cette tempête de répétitions. À cette mécanicité des actions qui s’enchainent, cette course folle en apnée pour gérer sa vie de famille, sa vie professionnelle, et sa vie de femme. Elle se demanda depuis combien de temps ils n’avaient pas fait l’amour, avec son mari. Ah ! Ils étaient loin leurs rêves de jeunes mariés. Profiter des matinées à se réveiller en amoureux, prendre le temps des belles choses, de ne rien prévoir, de partir sur un coup de tête à Mahaballipuram, ce petit village de pêcheurs au nord de Pondicherry.

Pourtant ils avaient tout fait comme il fallait : recevoir la bénédiction de leurs parents respectifs pour se marier. Elle avait un métier qui la nourrissait, elle était journaliste dans une agence qui encourageait les initiatives de femmes. Elle était la maman de 2 jolis enfants, Arjun et Devi. Elle aimait son mari. Elle avait eu la chance d’éviter le carcan d’un mariage arrangé, grâce à une famille ouverte d’esprit qui l’avait soutenu quand elle leur avait présenté son amoureux.

Alors qu’est-ce qui n’allait pas ? Qu’est-ce que cette fatigue venait lui dire ? Et cette perte d’envie, depuis quelques temps. Pas envie d’écrire. Pas envie de sortir. Pas envie de faire l’amour. Pas envie….

Était-elle devenue dépressive ? Elle avait une grand-mère morte d’une mélancolie. Elle se demandait si elle n’avait pas le même trouble, et si la malédiction allait continuer à travers sa fille à elle.

Elle se mit à pleurer subitement. Elle lâcha son mental, et sentit comment c’était bon de se laisser aller. Toute cette eau qui coule, qui jaillit. Cette force vitale qui inondait son visage maquillé.

Elle savoura cet instant, et posa une main sur son ventre, comme pour apaiser un enfant.

Elle ferma les yeux, écouta son cœur, et entendit comme une petite voix qui lui murmura :

« Ne t’inquiète pas. Tu vas retrouver ton énergie. »

Elle se leva, entre courbatures, visage mouillé et cette drôle de sensation dans son cœur.

Elle ouvrit son armoire pour prendre un saree. C’était celui-là, en bas de la pile, qui l’appela.

Sa couleur orange réveilla ses yeux humides. Un orange pétillant. Sa sœur le lui avait offert il y a quelques années, lors d’un voyage qu’elles avaient fait ensemble à Varanasi. Elle l’avait oublié ce saree. L’occasion de le ressortir. Elle se le drapa avec fluidité, un geste technique qu’elle avait vu et revu des milliers de fois, petite, quand sa mère et ses tantes s’habillaient, puis qu’elle avait maîtrisé au fil du temps depuis qu’elle en portait, c’est-à-dire depuis la cérémonie de ses premières règles. Elle se sentit presque pétillante dans sa tenue. Elle monta sur son scooter et partit dans le brouhaha de la ville.

Arrivée bien en retard au travail, elle baissa les yeux lorsqu’elle croisa le regard de son chef, un peu gênée, et s’empressa de filer dans son petit bureau. Il l’arrêta et lui dit : « j’ai un sujet pour toi. Une équipe de réalisateurs français souhaite faire un documentaire sur les femmes en Inde. Je leur ai proposé de te mettre sur l’affaire, comme intermédiaire. Ok ? » Sans vraiment enregistrer tous les mots, elle répondit oui, sous une impulsion, et récupéra le papier que lui tendait son boss.

Drôle de synchronicité, le titre du projet jaillit sous ses yeux : « le fil orange ».

Elle se rendit donc comme prévu à 14h pour rencontrer l’équipe, et le groupe de femmes qu’ils avaient réunies grâce à une association locale pour aider les femmes divorcées ou veuves à trouver un travail et être indépendantes. Dans l’équipe, il y avait aussi deux femmes, l’une indienne, une psychologue et l’autre française, la réalisatrice, et deux hommes français, cameraman et preneur de son. La réalisatrice s’approcha de Lalita, la salua, et lui expliqua le topo. Le fil orange était un projet de tisser un lien entre différentes communautés de femmes, dans le monde, afin de voir comment elles vivaient cette posture entre les sagesses anciennes de leur pays et la technologie omniprésente insufflée par l’occident. L’équipe avait choisi de commencer par le pays des paradoxes par excellence, l’Inde.

Le rôle de Lalita était de faire un article sur cet échange cet après-midi, et pourquoi pas suivre le périple dans les autres destinations indiennes prévues par l’équipe.

Tout le monde s’installa dans la cour, sous le grand banyan. Tout le monde, sauf les 2 hommes.

La réalisatrice expliqua à cette petite assemblée de femmes qu’ils n’avaient pas prévu de tourner cet après-midi. Qu’elle avait envie de créer un cercle de confiance, où chacune pourrait déposer ce qu’elle souhaite, sans crainte, et qu’ensuite, celles qui se sentaient pourraient témoigner dans une interview spécifique qui serait filmée plus tard.

Cette attention délicate plut à Lalita, elle qui était habituée aux reportages où les journalistes pouvaient être très intrusifs, directs, prenaient leurs infos comme on se servirait au supermarché et repartaient aussi rapidement qu’ils étaient arrivés.  

Chacune s’installa donc et un cercle de femmes se dessina spontanément sous le grand arbre.

Judy, la psychologue, ouvrit le bal en anglais.

Il était plus de 19h quand Lalita rentra chez elle.

Quelle aventure cet après-midi-là ! Les questions de Judy résonnaient encore en elle. Et surtout, l’ambiance sous ce banyan. L’énergie de toutes ces femmes. Leur présence. Cette sensation étrange d’avoir ouvert un espace-temps qu’elle ne connaissait pas. Un espace-temps qui partait de son ventre. Et qui s’ouvrait à l’infini.

« Qu’est-ce que c’est d’être une femme en Inde, au 21ème siècle ? »

« Vous sentez-vous libre dans vos choix de femme ? »

«  Arrivez-vous à manifester votre joie, votre créativité dans votre métier ? Dans votre vie ? »

Et la question très intime, mais aussi très pertinente : « Comment arrivez-vous à vivre votre sexualité sans mari ? »

Les partages de chaque femme avaient été très touchants, et sincères. Là où habituellement, dans un groupe de femmes, on commence à ricaner dès qu’on parle de choses sexuelles, il s’était ici dégagé comme une bulle de suspension et de douceur, où certaines femmes ont pu exprimer leur manque suite au départ ou à la mort de leur mari, un manque qu’elles n’envisageaient même pas de combler, vu que le re-mariage ou le flirt avec un autre homme était inconcevable. Quelques larmes. Et quelques sourires complices aussi.

La psychologue avait proposé une dégustation d’un jus de melon, d’un velouté orange exquis, et surprise : un parfum connu qui s’en dégageait, mais atypique dans un jus. Les épices du tchai : cannelle, clou de girofle, cardamome. Un pur délice. Autre surprise : Judy proposait de boire le jus en silence, comme une méditation ouverte sur les 5 sens. C’était la 1ère fois pour Lalita qu’elle pratiquait une méditation en train de faire quelque chose. Sa méditation, c’était la prière du matin, devant le dieu Ganesh, à réciter des mantras après avoir allumé la bougie et l’encens.

Ce soir-là, après que les enfants soient couchés, et que le mari se soit lui aussi endormi, Lalita se posa dans le salon. Son ventre grouillait encore d’étincelles, le souvenir de cet après-midi hors du temps la remplit d’une énergie qu’elle n’avait jamais ressentie.

Le orange. Elle alluma son ordinateur pour faire quelques recherches :

« Couleur des sâdhus, c’est aussi la couleur du 2ème chakra, la sensorialité, la créativité portée par notre système reproducteur. Les femmes et les hommes sont traversés par l’énergie créatrice de la vie. Cette énergie se concentre dans cet espace du ventre, là où sont les ovaires, l’utérus et le vagin pour la femme. Elle réalisa qu’elle ne connaissait son anatomie que par les livres du lycée, qui faisaient d’ailleurs bien ricaner ses petits camarades à l’époque, mais qu’au delà de la fonction reproductrice, et très tabou, de cette zone, elle ne se l’était jamais vraiment appropriée.

Même avec son mari. Pourtant un mariage d’amour. Leurs premiers rapports sexuels, elle les avait trouvés très mécaniques. Puis elle est rapidement tombée enceinte de leur 1er, la 2ème a suivi presque dans la foulée. Soudain, elle se sentit prise entre 2 étaux. L’un, celui des traditions très puritaines de son pays, et l’autre de l’hypermodernité où les femmes de Bollywood ont les lèvres pulpeuses et  passent leur temps à se déhancher en mini-jupes. Et elle, était-ce ce filon-là qui lui manquait dans sa vie de femme ? Ce fil orange ? Ce fil qui la reliait à son corps de femme ? Lui avait-on caché un trésor inestimable à travers le poids de traditions patriarcales ? Un trésor en elle ? Elle repensait à ses 2 accouchements. Très violents. Comme le partage d’une femme cet après-midi-là.  Derrière le bonheur de devenir maman, elle avait eu l’impression de se couper d’une partie d’elle. Pire, qu’on lui avait volé une partie d’elle. Ce soir, se laissant absorbée par  la couleur orange de son saree, elle se promit une chose : d’aller explorer ces secrets de femmes en acceptant la proposition de l’équipe à participer aux autres explorations en Inde, et d’apporter ses talents de journaliste, et de femme. Au moment où la réalisatrice lui avait proposé, elle s’était dit que c’était hors de question de quitter mari et enfants pour une mission « excentrique » d’occidental comme celle-ci. Ce soir-là, elle sentit qu’elle allait se mettre au service de quelque chose de plus grand qu’elle. Pour les femmes.

La recette adaptée du Smoothie Ma Créativité  de « Ma détox ayurvédique colorée », au courrier du livre.

 Ingrédients pour une personne :
1 demi-melon ou autre fruit de saison : abricot, pêche
¼ de carotte
1 pincée de poudre de cannelle
1 pincée de poudre de caradamome
1 pincée de poudre de clou de girofle
½ verre d’eau
½ verre de lait d’amande végétal

Mixez le tout dans un blender et savourez, en remerciant la nature généreuse, et en sentant vos racines.

Méditation « Ma créativité » - 12 mn

by Nathalie Geetha Babouraj | « Ma détox ayurvédique colorée », Courrier du livre Juillet 2017

consequat. leo. suscipit dapibus commodo ut in ultricies et, at risus