fbpx

Pour une sexualité épanouie… Osez dire !

par | 7 Oct 2019 | Amour et sexualité | 0 commentaires

Retrouvez une lecture audio de l’auteur en fin d’article 

[Retrouvez cet article au format PDF sur la boutique de Présences Magazine

Apprendre à dire ce que je vis à mon partenaire

Dans l’acte sexuel, nous recherchons l’intimité, la proximité avec notre partenaire, l’union, la fusion, et, en même temps, il y a tellement de choses que nous n’osons pas dire, que nous ne prenons pas la peine de dire ou dont nous n’imaginons même pas qu’elles puissent être dites.

Nous considérons certaines choses comme évidentes, en fonction de représentations qui sont pourtant très personnelles. Par exemple, je peux avoir la certitude que si mon partenaire me caresse 10 minutes, je dois lui rendre la pareille. Alors que pour lui ce n’est pas une évidence, il est nourri par les caresses qu’il donne et n’attend rien en retour. Prendre conscience que mon partenaire ne pense probablement pas comme moi, qu’il a d’autres repères, d’autres façons de voir, permet de comprendre l’importance de communiquer. Rester dans l’implicite peut amener beaucoup d’incompréhension et de frustration dans le couple.

À chacune des retraites pour couples que nous donnons, les participants témoignent, chacun avec leurs mots, de la simplicité qui s’installe quand la parole se libère. Apprendre à dire à mon partenaire ce que je vis amène tendresse, intimité, confiance, sérénité…

Donner à son partenaire l’information…

Il s’agit d’informer mon partenaire de ce que je vis, de ce qui se passe en moi.

Il s’agit par exemple, pour elle, d’oser dire que sa façon de la toucher du bout des doigts, l’agace. Pour lui, d’oser dire que, quand elle touche son corps, il aimerait que sa main passe aussi sur son pénis, l’englobe dans ses caresses.

 

L’informer de ce qui se passe dans le moment présent

On est très fort pour parler du futur, de ce qu’on projette, de ce qu’on aimerait, ou pour parler du passé, de ce qu’on a vécu. On a peu l’habitude de parler du présent. Pourtant c’est tellement précieux de laisser le passé et le futur, pour nommer ce qui se passe pour moi dans le moment présent.

 

En finir avec le jeu des devinettes

Bien souvent, on pense qu’on devrait savoir ce qui fait plaisir à l’autre. Mais c’est une idée fausse ! Nous sommes tous différents et au fil du temps, nous changeons. Ce qui nous a donné du plaisir hier, nous laisse indifférent aujourd’hui, ou même nous agace. Informer notre partenaire, c’est lui éviter d’avoir à deviner : est-ce qu’il aime ça ? Est-ce que ça l’a fait vibrer ? Quand nous cherchons à deviner, nous partons dans le mental, ce qui nous déconnecte de notre corps. Or c’est avec le corps que nous faisons l’amour.

Être dans le temps présent de ce que je vis, c’est être en moi-même, au lieu de prétendre deviner ce que ressent l’autre. Là, nous retrouvons une sorte d’impératif surtout pesant pour les hommes, censés être des amants performants, l’évaluation du plaisir de leur partenaire risque de devenir leur seul repère. Les femmes aussi se projettent souvent dans ce qu’elles imaginent que vit l’homme.

L’informer de ce qui se passe dans mon corps et dans mon cœur

Nous avons l’habitude de partager avec notre partenaire ce que nous pensons, nous disons : Je pense que… ou je pense que tu…. C’est le mental qui parle. L’invitation est de se détourner du mode penser pour partager ce qui est en train de se produire au niveau de mon corps, mes sensations physiques, et au niveau de mon cœur, ce que j’éprouve. Nous disons alors : je ressens…

Essayez ! Vous verrez, cette simple invitation est un véritable retournement. Nous avons souvent une idée de ce qui va nous donner du plaisir, alors nous en planifions les étapes. Mais quand nous avons un « plan », nous ne sommes pas dans le présent. Apprendre à écouter ce que je ressens dans l’instant, à me rapprocher de moi-même, me donne accès à mon besoin du moment, qui peut être très différent de mon « plan ».

Une attitude tournée vers l’autre ?

On croit que tourner notre attention vers l’autre est un signe d’amour, et une nécessité pour la « réussite » de la relation sexuelle. Le problème est que notre capacité à nous mettre à la place de l’autre est très relative. Notre imagination, toutes nos plus fines perceptions échouent à connaître ce que ressent l’autre. Il faut en prendre son parti, et donc comprendre la nécessité de communiquer, le plus clairement possible, ce que nous observons en nous-mêmes.

Lors d’une retraite pour couples, un participant est venu me trouver, car il traversait un moment difficile avec sa femme. Il était très préoccupé du bien-être de sa partenaire et cherchait à s’adapter à ses besoins. Je l’ai invité à lâcher les préoccupations qu’il pouvait avoir la concernant et à ramener toute son attention en lui-même, à l’écoute de son monde intérieur. Puis à partager à partir de cet endroit, d’informer sa partenaire sur ce qu’il vivait lui. Son habitude était de ne pas dire certaines choses de peur de provoquer une réaction de fermeture chez sa femme. Chaque jour, je l’invitais à essayer ce retour en lui-même pendant l’acte sexuel, il était dubitatif : si je ne m’occupe que de moi-même, comment créer l’harmonie entre nous ? Jusqu’à ce que je lui dise : sois comme un scientifique, à titre expérimental (uniquement pour voir) essaye de faire l’amour avec ton attention tournée en toi-même, en accueillant ce qui se passe pour toi et en le communiquant à ta femme, et vois ce qui se passe.

Le lendemain, quand il a pris la parole dans le groupe, c’était limpide. Ce retour à lui-même était une révélation, il lui avait permis de rencontrer sa partenaire dans un tout nouvel espace. À la fin, sa femme a ajouté qu’elle avait pu accéder à son corps et à ses sensations sexuelles comme jamais auparavant. Cette expérience leur avait apporté une grande libération à tous les deux.

C’était un couple qui avait une grande habitude de communiquer dans la vie, mais ce qui a été une révolution pour eux deux, c’est que lui, homme, ose partager ce qu’il éprouvait dans le moment présent sans se censurer par anticipation des réactions de sa femme.

Être centré en soi-même

Le risque, quand on communique, c’est de se « projeter » dans l’espace de l’autre, on croit savoir ce qu’il vit… on interprète… on lui reproche ci ou ça… sans voir que, la plupart du temps, ce qui alimente nos propos c’est ce qui se passe en nous-mêmes, dont nous ne sommes pas vraiment conscients, ou dont nous ne prenons pas pleinement la responsabilité.

Il en découle beaucoup de malentendus. Reprendre pied, se recentrer sur soi-même, et non pas sur les attentes, intentions, sentiments que nous prêtons à l’autre, permet d’être audible et d’éviter bien des conflits. Dans la sexualité, cela signifie observer ce qui se passe en moi-même, prendre le temps de ressentir ce que ça me fait quand il fait ce geste ou quand il dit ces mots…

Si j’éprouve un certain inconfort, une forme d’agacement, une insatisfaction… ce n’est pas la faute de mon partenaire ni la mienne. C’est juste ce que je vis au présent. Et il est de ma responsabilité d’en informer l’autre.

Pour la femme : si vous n’êtes pas encore prête pour la pénétration, osez le verbaliser

On ne le dira jamais assez : les femmes ont besoin de temps pour que leur corps s’ouvre, pour accéder à leur énergie sexuelle dans sa profondeur. Fréquemment, pour complaire à leur partenaire, ou parce qu’elles ne prêtent pas assez attention à leur corps, elles n’attendent pas d’être vraiment prêtes pour la pénétration. L’homme croit que c’est le moment, la femme ne sait pas trop… et aussitôt se dira : ah, on aurait dû attendre. C’est dommage !

La communication non verbale – mouvements, gestes… n’est pas toujours explicite – par exemple, une femme peut avoir envie du sexe de l’homme contre le sien, sans que ce soit un signal l’invitant à y entrer tout de suite… Nous disposons des mots, alors parlons !

Communiquez sans charge

Il est très important de communiquer sans charge. C’est-à-dire sans transmettre d’agacement, de mécontentement ou de reproche. Cette charge passe par le choix des mots, mais surtout par le ton de la voix.

Si dans l’acte sexuel, nous nous ouvrons à nous-mêmes et à l’autre, en profondeur, dans le moment présent, si nous osons nous exposer dans une intimité totale, nous montrer vulnérables, nous sommes encore plus sensibles à des paroles ou à un ton où nous percevons de l’hostilité. Si nous nous sentons blessés, le lien d’intimité se rompt et, par exemple, l’homme peut perdre sur le champ son érection.

En étant centré sur nos sensations, nos sentiments, nous devenons capables d’identifier puis d’exprimer toute gêne, désagrément, douleur, sentiment d’oppression ou de peur, dans l’instant où ils se manifestent. Si l’on attend, ces ressentis désagréables peuvent prendre de l’ampleur. Même s’ils n’augmentent pas, leur persistance fait naître un ressentiment contre notre partenaire et nous nous adresserons à lui avec hostilité. Alors que si nous l’informons de notre inconfort au moment où il se produit, il ne se sentira pas accusé ! On peut dire par exemple : quand tu me touches comme ça, je sens que mon corps se ferme.

Quand c’est agréable… n’oubliez pas de le dire !

Communiquer c’est aussi faire part à l’autre des sensations délicieuses que nous ressentons. Bien souvent, les faire résonner dans ce partage, accroît leur saveur. Si vous attendez… souvent, on se dit intérieurement : c’est tellement bon, je lui dirai plus tard… vos mots n’auront pas la même puissance. Vous parlerez d’une histoire passée, vous vous repasserez le film.

N’attendez pas les grandes choses… commencez par les petites !

De même que nous sommes avides de sensations fortes, nous voudrions exprimer à l’être aimé nos sensations et sentiments les plus bouleversants ! La démarche de l’amour en conscience privilégie la douceur en tous points. Pour apprendre à communiquer avec son partenaire, commençons donc par le partage de ce qui est simple à décrire et ne nous bouleverse pas, mais qui a lieu dans l’immédiat. Des craintes ou des plaisirs qui peuvent s’aborder le cœur ouvert et dans le calme. En apprenant à les discerner en vous au moment où ils se manifestent et à aussitôt les nommer, vous verrez bien des malentendus s’effacer et pourrez naturellement laisser ce qui vous lie s’épanouir.

Dans cet article, je vous ai donné quelques clés* pour apprendre à communiquer en faisant l’amour. Essayez-les et découvrez par vous-mêmes ce que cela change de mettre des mots sur ce que vous vivez, dans l’instant.

NB. Comme dans les articles précédents, de façon implicite, je parle de sexualité au sein d’un couple hétérosexuel, car c’est un partage d’expérience et mon expérience est essentiellement hétérosexuelle. Mais je suis persuadée que pour les couples homosexuels, apprendre à communiquer en faisant l’amour peut révolutionner leur expérience, de la même façon que pour les couples hétéros.

* Ces clés de la communication sont développées dans l’ouvrage d’Anne et Jean-François Descombes Le Slow Sex s’aimer en pleine conscience aux éditions Poche Marabout.

Pour une sexualité épanouie... Osez dire !

by Anne Descombes | Présences Magazine No 7 - Octobre 2019

elit. quis, at neque. mi, Phasellus