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Marie Verguet
L’intelligence relationnelle : le feu sacré de notre humanité
Marie VerguetL’intelligence relationnelle : le feu sacré de notre humanité

De quoi parle-t-on quand on évoque l’intelligence ? Dans l’immense majorité des cas, nous pensons à des êtres brillants, doués scolairement, très bons en mathématiques, en avance sur les autres, capables d’un grand esprit de synthèse, d’une grande mémoire, très cultivés, surpassant de loin le « niveau standard » attendu. C’est effectivement une vision tout à fait recevable à laquelle beaucoup de monde adhère. Elle se défend parfaitement.

C’est cependant circonscrire l’intelligence à la pensée rationnelle et aux processus mentaux. En tant qu’êtres humains, nous avons cette belle capacité à la réflexion mais notre langage nous permet également de verbaliser ce que nous ressentons, de nous exprimer, ou de rendre conscient ce qui nous entoure. Notre humanité nous offre donc la prodigieuse possibilité de transcender cette intelligence cognitive en lui apportant de la subtilité et de la sensibilité. Nos intelligences sont donc multiples et multi-facettes. J’aimerais vous parler de l’intelligence relationnelle. Elle est d’une grande utilité dans nos interactions avec les autres, dans nos échanges avec la diversité des altérités qui nous entourent. Elle fait appel à des qualités de cœur, d’empathie, d’écoute, de savoir-être, de générosité, d’abnégation douce et assumée. Elle se travaille et se cultive dans l’intimité de notre conscience envers nous-même et envers les autres.

Afin d’illustrer cette intelligence relationnelle, j’aimerais exceptionnellement vous proposer un contre-exemple. Un souvenir douloureux que je traine depuis mon enfance et qui marqua ma scolarité du sceau de la peur. Celle de ne pas être à la hauteur. Celle d’être bête et « limitée » intellectuellement. Celle du regard moqueur des autres à mon égard. Celle de la honte d’être « différente ».

À cette époque, j’ai 6 ans. Je suis en CP. Je suis une petite fille sensible et très observatrice. Je suis plutôt introvertie sans être véritablement timide. J’ai besoin des autres mais aussi de solitude. J’aime comprendre le monde qui m’entoure. Pour autant, je ne suis pas « consciente » de tout cela. Je ne me le formule pas ainsi. Je suis dans une espèce de magma cotonneux, entourée d’enfants et d’adultes. L’école est un environnement difficile pour moi, presque hostile, tant j’ai besoin de prendre mes repères et d’être entendue. Je suis dans une grande insécurité affective car je sens qu’à la maison, les relations entre mes parents sont complexes et douloureuses. Mes parents sont sur le point de divorcer et je sens leurs peines, leurs déchirures et leurs souffrances. Je suis comme une éponge qui absorbe tout mais que personne « n’essore ». Je garde pour moi ce sentiment de grande détresse que je perçois profondément et qui affecte les 2 adultes que j’aime. Je sens l’impuissance et l’inévitable fin de leur relation de couple.

Dans ce contexte chargé d’émotionnel, mon institutrice, Madame M, convoque ma mère car elle estime que j’ai une intelligence limitée (!!!) : je n’apprends pas à lire au même rythme que les autres et je dois faire tester mon quotient intellectuel… Madame M n’a pas pris le temps de parler avec moi, de me demander ce dont j’aurais besoin, de m’encourager. Elle ne m’a pas proposé de m’accompagner dans l’apprentissage de la lecture. Elle porte un jugement froid, sévère, mécanique. Elle a ses références, sa « carte du monde » à elle, ses codes et ses modes de comparaison. Je suis pour ma part, une petite fille démunie qui comprend qu’on la considère comme bête et « retardée » par rapport aux autres…

Si l’histoire se finit bien, puisque l’orthophoniste qui me teste m’indique que c’est mon institutrice qui devrait venir la voir…, je garde de cet évènement un sentiment d’incompréhension face à cette adulte qui n’a pas su établir de relation.

L’intelligence relationnelle demande une capacité à se mettre à la place de l’autre, à rentrer dans son monde, dans ses valeurs. Elle demande une perception fine du non-dit, du non-verbal. Elle demande d’aller au-delà de « ce qui se voit » à priori, d’aller plus loin que ce qui est « visible », d’entendre ce qui n’est pas dit.

Dans le monde du travail, cette intelligence peut s’illustrer par une capacité à gérer des conflits ou des situations difficiles en restant respectueux des autres, tout en restant connecté à soi-même, à ses besoins, à ses ressentis. Elle se rencontre chez des personnes capables de convaincre sans imposer. Elle se perçoit également par la capacité à mettre à l’aise, à recevoir et accueillir l’autre dans un cadre sécurisant qui favorise l’expression, y compris la divergence de points de vue. Elle transparait dans l’habileté à savoir créer un réseau important autour de soi et à l’entretenir.

Dans nos vies de tous les jours, cette intelligence relationnelle peut être mise à rude épreuve car notre égo se manifeste inexorablement avec son lot de frustrations, colères, impressions d’injustice, jugements rapides, affectivité débordante, émotionnel imposant… Cela peut nous détourner de notre lien à l’autre et à nous-mêmes. Nous rentrons alors dans un cercle vicieux égocentré peu constructif et peu soucieux de l’autre. Nous ne sommes plus alignés et à l’écoute. Nous sommes dans la revendication, la justification, voire l’agressivité. Cela peut être source de grande déception et de souffrance. Nous pouvons alors heurter les gens ou les malmener sans que cela ne soit conscient.

L’intelligence relationnelle se travaille notamment par l’auto-observation régulière de nos comportements, par de la vigilance bienveillante envers nos mécanismes et nos fonctionnements spontanés parfois trop empreints d’émotions qui nous submergent. Elle est une compétence inestimable qu’il faut savoir préserver, harmoniser, voire ré-harmoniser quand cela s’avère nécessaire. Elle demande de la patience et de l’entrainement. De la pratique et de l’humilité. Un centrage profond et une bonne connaissance de soi. De la gratitude en cas de « petits dérapages ».

L’intelligence relationnelle va de pair avec une intelligence émotionnelle et une intelligence sociale. Elle peut être source de grandes satisfactions et représenter les fondements d’un leadership conscient, c’est-à-dire un leadership basé sur une relation sécurisante, saine, responsabilisante, où tous les protagonistes d’une communication se sentent écoutés, entendus, vus dans le respect de qui ils sont et dans leur intégrité. Un leadership qui a compris que nos émotions ainsi que le respect de notre singularité sont des atouts majeurs pour avancer et construire dans un monde plus altruiste et plus « aimant », fier de la différence et des richesses de chacun.

Enrichir et préserver son intelligence relationnelle est une décision. Celle de vouloir un monde dans lequel la qualité de la relation est centrale. Nous sommes des êtres sociaux qui avons besoin les uns des autres. Nous sommes en interaction constante avec nos semblables. Nous nous révélons d’autant plus si nous sommes dans une énergie de partage, de convivialité, de confiance, et de sécurité émotionnelle. Nos capacités intellectuelles sont alors poussées à leur paroxysme et nous pouvons nous épanouir dans notre unicité, tout en étant immergés dans la pluralité des personnalités qui nous entourent. C’est alors que nous pouvons apporter le meilleur de nous-mêmes aux autres et participer à la réalisation d’un objectif commun, qu’il s’agisse d’un projet d’entreprise, d’un exploit sportif, d’un évènement familial, de la création d’un spectacle, d’une implication dans une cause humanitaire…

Cette prise de conscience de la nécessité de développer son intelligence relationnelle est la clé d’une société ouverte sur le monde. Elle est un antidote puissant à l’égoïsme, à l’individualisme, au racisme, à la peur de la différence, aux jugements intempestifs et non conscients.

S’il m’arrive encore, à mon humble niveau, de « déraper » et de ne pas être en lien avec les autres ou de critiquer sans fondements, je me fais un devoir d’intégrer les qualités humaines de l’intelligence relationnelle dans ma vie de tous les jours. C’est parfois un véritable défi mais je veux croire à la force et à la puissance d’une communication « intelligente », consciente et connectée. Elle est « le feu sacré » de notre essence profonde.

Marie Verguet

Marie Verguet

Coach et formatrice en efficacité, présence et conscience relationnelle - Communication verbale et prise de parole en public
Auteure du programme "Prise de parole présente" sur l'application "Petit Bambou" (2,7 millions d'utilisateur à ce jour !).

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