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Le quotidien est devenu excédentaire. Nous produisons toujours plus de pensées et d’actions pour souvent nous écrouler en fin de journée, saturés d’informations et de frustrations. Quelle vie que ce roulement perpétuel, cet élan qui nous fait courir plus vite que notre ombre ! Il y a bien sûr des moyens d’arrêter le temps, de circonscrire l’espace : des techniques de centration, de méditation, des exercices corporels, de la marche consciente, de l’attention infiniment délicieuse à porter à nos sensations, à nos émotions. Nous trouvons alors ce précieux équilibre entre une immersion fébrile dans l’extérieur (l’agir) et une plongée souterraine au creux de notre intériorité (re-sentir). Comme une mosaïque de noirs et de blancs, lorsque nous essayons de nous dompter, de nous calmer – parfois avec peine – de nous efforcer à vivre autrement. Chez certaines personnes, ces deux vies parallèles ont de la peine à se rejoindre, créant de la culpabilité ou le sentiment de n’être jamais à sa place, de passer à côté du  « véritable sens de sa vie ».

Les musiciens le savent bien, entre tensions et détentes, entre percussions tonitruantes et la douce mélodie émergeant d’un violoncelle, mille nuances existent. Celles-ci mêmes qui font d’une partition écrite, une œuvre riche et exaltante. L’interprétation devient complexe et unique. Où avons-nous laissé nos propres nuances ?

Nous sommes emplis d’émotions différenciées et nous nous contentons souvent d’une attitude politiquement correcte. Nous nous sentons fatigués et d’autres jours emplis d’une énergie débordante. Pourtant, nous accomplissons les mêmes actes avec une sorte de « professionnalisme de l’art de vivre » qui tue ce que nous ressentons. Comment changer, sans rien renier ? Comment s’épanouir en respectant les conditions de notre existence ? Je ne vous propose qu’un seul enseignement, celui de la nature.

Voici quelques inspirations, toutes en courbes, car ce que nous avons besoin de re-découvrir c’est notre existence cyclique, une forme de vie à évolution variable.  Bien que nous sachions  intellectuellement que la nature se déroule selon une loi cyclique de croissance, de maturité, de décroissance et de repos, nous avons oublié que nous en faisions partie.

Nous vivons en culture hors-sol !

Au-delà de ce besoin essentiel d’être fidèles à nous–mêmes, notre société éclatée crée un manque d’appartenance.  Figés derrière les petits et les grands écrans, le temps nous manque pour porter attention, assistance, présence à nos proches, à faire exister notre communauté. Or, la nature répond à ces deux besoins : nous retrouver au sein du vivant et… accompagnés. Selon David Abram[1], dès que nous observons la nature, celle-ci se met à exister et dialogue avec nous.  Il n’est pas question de magie, mais simplement de perceptions. Ce qui existe le devient par l’attention que nous y portons.  De nombreuses expériences ont été menées sur des enfants. S’ils étaient regardés, si leurs nourrices prenaient le temps d’interagir avec leurs mimiques et leurs gazouillis, ils mangeaient et se développaient bien. Ce qui n’était pas le cas d’autres enfants, délaissés sur le plan relationnel, qui refusaient tout simplement de s’alimenter.

Nous existons bel et bien grâce aux relations

La nature, notre Terre-Mère,  semblerait se développer de même. « Si vous regardez une forêt, la forêt vous regarde » suggère l’anthropologue.  Il développe ce que je nomme la nature-miroir : ce que nous observons dans la nature est le reflet de qui nous sommes. Une promenade dans un parc, une marche en forêt, un simple bouquet de fleurs fraîches vivifieraient notre quotidien et seraient tout à la fois bénéfiques pour nous et pour la planète. Voilà une réciprocité que ne renieraient pas les peuples premiers qui ont toujours placé celle-ci au cœur de leurs actions.

Prenons quelques instants pour détailler ces nuances saisonnières et porter ensuite à notre agenda des activités à privilégier. Débutons par une observation de la nature.

Le printemps et son dynamisme

Observations : Le sol refroidi se réchauffe rapidement au contact du soleil. L’intérieur se dévoile (bourgeons, feuilles, fleurs).

En soi (nature-miroir) : Une envie irrépressible de se débarrasser de ce qui ne nous convient plus et qui est devenu trop lourd (manteaux et … croyances). Le besoin de nettoyage, de nouveautés et de s’ouvrir à la vie.

À privilégier : présenter des projets, oser, avoir de l’élan pour une personne, une culture, s’essayer à un sport, planifier un voyage, se désintoxiquer, jeûner.

Courbe de vie : l’émerveillement de l’enfance, la curiosité de la jeunesse.

Cycle de la femme : l’énergie croissante après les menstrues. Le printemps menstruel.

L’été et son épanouissement

Observations : La nature offre son abondance de couleurs, de parfums, de saveurs. De la terre aux cimes des arbres, le développement naturel est total.

En soi (nature-miroir) : Un besoin insatiable de vivre, de se lâcher, de s’exposer, d’aimer, de libérer le sauvage et nos instincts trop souvent bridés.

Pratiques à privilégier : la musique, la danse, le mouvement spontané, le chant, les rencontres avec les amis, les amants. S’offrir de vraies vacances, un temps privilégié où le possible fait sa place.

Courbe de vie : l’exubérance de la jeune maturité, les découvertes sensorielles et sensuelles.

Cycle de la femme : l’énergie du temps de fécondation (± milieu du mois). L’été menstruel.

L’automne et son ravissement intérieur

Observations : La nature s’enrichit d’une variété infinie de couleurs. La vie se retire des végétaux. Les arbres perdent leurs feuilles.

En soi (nature-miroir) : la nécessité de revenir à ses limites, à ses possibles. Prendre particulièrement soin de soi, se protéger.

Pratiques à privilégier : revenir à l’essentiel, porter son attention sur soi et moins sur les autres. Accéder à plus de lenteur (yoga, marche consciente).

Courbe de vie :  la maturité resplendissante, l’accomplissement privé et professionnel.

Cycle de la femme : l’énergie souvent chaotique de la phase prémenstruelle ou de la pré ménopause, faites de frustrations, d’une extrême sensibilité et d’un pouvoir de création inouï. L’automne menstruel.

L’hiver et son repos bienfaisant

Observations : La nature vit son intériorité en silence. Le paysage est monotone et parfois d’une lumière éblouissante.  Le ciel étoilé nous renvoie à l’infinitude.

En soi (nature-miroir) : Un besoin de s’arrêter, de ne plus se perdre dans l’activité. Avoir envie de rester chez soi, près de ses proches.

Pratiques à privilégier : la méditation, la visualisation, le rêve éveillé, le repos. Transmettre ses expériences.

Courbe de vie : la retraite professionnelle, devenir grands-parents, parrains, éveilleurs.

Cycle de la femme : l’énergie des menstrues. Accorder à son corps le repos nécessaire et à l’âme le temps de rêver. L’hiver menstruel.

La nature nous apprend de ne pas chercher à  être identiques chaque jour et conformes aux attentes extérieures. En calant nos activités sur les saisons, nous retrouvons une relation emplie de souplesse, tant envers nous qu’envers les autres. Nous sommes capables d’agir ou d’attendre, d’entreprendre des changements ou de laisser évoluer ce qui a besoin de l’être. Nous développons nos potentiels au moment opportun et savons reconnaître des étapes plus réflexives, tout aussi enrichissantes. La nature nous enseigne l’évidence d’être qui nous sommes : nous n’avons pas à nous changer, mais bien à explorer nos nuances afin d’en ressentir la complétude[2].

Choisissez vos activités en fonction des saisons et de vos besoins

N’oubliez pas de déléguer, de déposer, de rêver avant que ne vienne le temps de l’action. Puis laissez agir, infuser. Savourez le goût de votre mélange, que celui-ci soit concocté de projets professionnels ou privés, de relations ou de valeurs personnelles,  puis  modifiez vos ingrédients si nécessaire. Enfin, poursuivez inlassablement le cycle : procurez-vous du repos, imaginez ce qui pourrait émerger de cette nouvelle mixture et au mois de mars… c’est reparti ! Sur ce modèle, créez vos propres étapes. Quel est (ou a été) le printemps de votre couple, de votre emploi et de votre  nouvelle fonction ? Comment va être l’été de cette relation, de ce projet ? Que pouvez-vous retirer de ce vécu ? Quelle vision vous accordez-vous pour poursuivre, imaginer l’avenir ? Quelle sera la prochaine phase de concrétisation ?  Tout ce que vous vivez tire bénéfice de cette cyclicité. Je vous souhaite une évolution personnelle sereine et accomplie.


[1] Marianne Grasselli Meier « Rituels de femmes pour s’épanouir au rythme des saisons » Ed Courrier du Livre 2016
[2] David Abram Comment la terre s’est tue Ed La découverte 2013

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Marianne Grasselli Meier

Marianne Grasselli Meier

Marianne Grasselli Meier est écothérapeute, musicothérapeute et auteure. Elle donne ses ateliers et forme des praticiens en Ecorituels® en Suisse, en France et en Belgique.
Auteure de  « Rituels de femmes pour s’épanouir au rythme des saisons » Ed Courrier du Livre 2016

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