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Marianne Grasselli MeierLes gardien-nes de la terre I

Le défi écologique au sein duquel nous sommes tous impliqués est le fait marquant de notre vie actuelle sur notre planète Terre. Jamais auparavant, nous étions arrivés à ce point de rupture annonçant des prises de décisions tant personnelles que planétaires. Chacun s’active, se défend et tente de trouver des réponses satisfaisantes sur le long terme. Je vous propose une suite d’articles ayant pour but de vous mobiliser intérieurement, car c’est bien une connexion intime avec le monde naturel qu’il nous faut retrouver pour apporter des solutions à échelle humaine.

Depuis quelques années, nous assistons à une montée en flèche des mouvements politiques écologiques dans nos démocraties. Cet élan mobilisateur montre l’importance que tout en chacun porte à son avenir sur notre planète. Face aux désastres naturels,  nous redécouvrons la force des éléments et le peu de maitrise que nous avons, finalement, sur l’équilibre précaire et miraculeux de la nature.  Alors que des milliers d’années de complicité et de respect sacré avaient tissé du lien entre les hommes et la terre, il nous a fallu bien peu de temps pour détruire cette harmonie parfaite. À présent, les discours ne sont plus d’actualités, seuls les actes comptent.

Toutefois, face à l’urgence, à l’indispensable changement de cap de nos habitudes de vie, une gangrène  s’infiltre : celle de la peur et de l’impuissance. La peur gèle nos relations sociales, repousse vers l’extérieur ceux qui viendraient sur notre territoire prendre « notre » eau, « notre terre », « nos ressources ». Les réfugiés climatiques ne sont pas encore reconnus comme tels. Quant à l’impuissance, elle s’entend dans les conversations de rue : « mais à quoi bon changer… », « Je fais déjà des efforts et les plus grands pollueurs continuent leur manège… », « Cela ne sert déjà à plus rien… ». D’un côté les battants, les guerriers du possible, de l’autre des désespérés, des victimes de l’impossible. Le risque est grand  que les uns annulent l’action des autres. Il n’y a pas de solution miracle.

Les gardiens et les gardiennes de la terre d’aujourd’hui ne sont plus des utopistes, mais des personnes réalistes et responsables.

Ce ne sont pas non plus des passéistes à la recherche du temps perdu, charmés par d’anciennes civilisations qui ont su cultivé cette harmonie avec la nature. Certains d’entre eux - dont je suis - s’en inspirent, certes, afin de mieux comprendre ce que nous avons « lâché en route ». Mais c’est une démarche actuelle, positive, sociétale et spirituelle. Comment allier spiritualité et réalisme ? Les temps de réflexions et les actes quotidiens ? Est-ce un retour à l’animisme, à une superstition niant tout progrès technologique ? Le besoin humain de reliance au mystère de la vie a toujours existé. La science et les religions se sont développées pour apporter leurs réponses. Malheureusement, ne cherchant pas à se concilier, elles ont créé une scission entre la matière et l’esprit encore bien perceptible dans nos croyances actuelles. Nous le retrouvons sur la scène écologique occidentale : les « guerriers et guerrières » écologistes actuels, sont portés par un élan de responsabilité active avec le risque d’un essoufflement, d’un manque de racines intérieures. Équilibrer l’action militante avec le renouvellement d’une spiritualité universelle, reliée à la terre : voilà ce que propose l’archétype du gardien ou de la gardienne de la terre.

Passons de l’archétype du guerrier à celui du gardien

Le gardien ou la gardienne de la Terre sait défendre son territoire, il se bat pour protéger ses ressources. Il reconnait et il respecte son lieu de vie ainsi que tous ceux dont il est (elle est) le protecteur ; les êtres humains, les animaux, les plantes, les minéraux, la terre, le ciel et lui-même. Il exprime sa fureur face à l’injustice, mais il sait aussi bercer d’histoires et de mythes ses enfants. Il combat s’il est attaqué, mais il nourrit aussi sa terre et prend le temps de la contempler. Devenir un protecteur exige une posture sans faille, un appel vers une écologie non seulement militante, mais équilibrée par la même dose d’amour et de respect envers toute forme de vie.

Le gardien est un protecteur des eaux. Il maintient la quantité de celles-ci pour la survie de sa communauté (universelle) : veiller à son utilisation parcimonieuse, à la distribuer équitablement entre humains, animaux et plantes.  Il est attentif à sa qualité : usage de non-polluants, détergents biodégradables. C’est un amoureux de l’eau : il s’imprègne de son mouvement, se laisse fasciner par sa force, son indépendance, son adaptabilité. Il se fait porteur de ces mêmes attributs.

Le gardien est un protecteur de la terre. Il vérifie ce qui lui est nécessaire et ne se laisse pas attirer vers des achats en obsolescence programmée. Il achète de préférence de la nourriture bio et il prend soin de la bonne conservation de celle-ci.  Il est attentif à la qualité de la terre, il veille sur sa capacité de régénération pour la survie de sa communauté (universelle) : il la nourrit et la rend fertile. C’est un amoureux de la terre : il apprécie le dégradé de ses saisons, la multiplicité de ses paysages. Il se laisse envelopper par sa présence.  Il se fait porteur de ses qualités de stabilité et d’ancrage.

Le gardien est un protecteur de l’air. Il contrôle la juste aération des lieux de vie, privés et professionnelles en tenant compte des fluctuations de température. Il maintient une qualité de l’air maximum en évitant les produits polluants comme les sprays en intérieur et en privilégiant les transports publics lors de ses déplacements.  C’est un amoureux de l’air : il se sent connecté à la grandeur de l’humanité, en observant le ciel étoilé. Il respire amplement, profondément et se remplit de gratitude.

Le gardien est un protecteur du feu. Il reconnait ses besoins en énergie, mais il  n’oublie pas d’équilibrer le chauffage avec le port de vêtements chauds en intérieur, il veille à la bonne protection thermique de son lieu de vie. Il est attentif à sa qualité : il privilégie le moyen le plus adapté et le moins polluant (solaire, hydraulique, éoliennes…) en tenant compte de son environnement. C’est un amoureux du feu : il aime sa proximité généreuse et rassurante. Il se fait porteur de ses qualités d’altruisme en étant attentif aux besoins de chacun.  

Devenir un gardien, une gardienne de la terre, implique aussi une responsabilité envers les générations à venir. N’oublions pas de parler et de jouer avec nos enfants pour leur apprendre à devenir, à leur tour, des gardiens et… dès à présent. En groupe, vous pouvez ritualiser vos choix écologiques afin de leur apporter encore plus de conscience :

Rituel du gardien des éléments[1]

Préparez quatre coupes dans lesquelles vous placez chacun des éléments ; un peu de terre, de l’eau, une bougie. Vous pouvez laisser la quatrième « vide », donc pleine d’air, ou y déposer une plume. En sous-groupes, par paire ou chacun pour soi, cherchez des possibilités d’améliorer votre lien avec chacun des éléments. Quand vous êtes prêts, le rituel peut commencer.

Allumez la bougie. Saluez à haute voix, dans une solennité joyeuse, les quatre éléments en les remerciant de nous apporter la vie. Vous pouvez frapper quatre fois dans les mains pour ouvrir la sacralité de ce moment, puis rester quelques minutes en silence. Puis, dites à votre tour, en vous adressant à l’élément, ce que vous avez décidé de modifier au quotidien : « Pour toi, l’Eau, je souhaite être plus attentif à… » . Chacun parle au même élément. Quand le tour des personnes est terminé, vous passez à l’élément suivant.

Enfin, vous terminez par un chant en commun ou par vous tenir la main ou encore en récitant une sentence ou une courte poésie que vous avez préparée pour l’occasion. Vous frappez quatre fois dans vos mains pour clore le rituel. Terminez ce temps de célébration par une collation qui prend acte de vos choix : eau fraiche, aliments de saison…

Faites du défi écologique actuel, une manière de vivre créative, resacralisée c’est-à-dire précieuse. Votre vie en sera métamorphosée. Vous ressentirez du mieux-être, vous vous sentirez porteurs d’énergies vitales, accessibles pour tous.  Gardiens et gardiennes des éléments, nous nous retrouverons au prochain article, gardiens et gardiennes des règnes naturels, afin de donner toujours plus de vie à la Vie.


[1] Extrait de « Le réveil des gardiennes de la Terre ; guide pratique d’écothérapie » Marianne Grasselli Meier Ed. Courrier du Livre.

Marianne Grasselli Meier

Marianne Grasselli Meier est écothérapeute, musicothérapeute et auteure. Elle donne ses ateliers et forme des praticiens en Ecorituels® en Suisse, en France et en Belgique.
Auteure de  « Rituels de femmes pour s’épanouir au rythme des saisons » Ed Courrier du Livre 2016

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