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Les carnets d’Adélaïde (5) – Vers l’Amour de soi

par | 10 Juil 2019 | Psychologie | 0 commentaires

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Retrouvez une lecture audio de l’auteur en fin d’article 

 

Adolescente, j’avais un complexe par rapport à ma personnalité. J’avais l’impression de ne pas en avoir et cela m’a poursuivi tard. Je n’étais pas fan de chanteurs, n’avais pas de style vestimentaire particulier, ne faisais pas de sport, de musique, de dessin… n’avais pas de grandes passions, pas d’univers propre. J’ai ensuite, en quelque sorte, trouvé ma voie grâce aux autres, me suis aperçue que j’avais toujours une oreille attentive, que l’on me sollicitait pour être aidé, consolé, écouté, rassuré. J’ai découvert que j’avais une espèce de force tranquille en moi. Pouvoir aider les autres a toujours été une réjouissance, une fierté en quelque sorte. Peut-être aussi un peu mal placée, du genre «Moi, je suis plus solide !?»Avoir son univers, être différente, unique,  j’y aspirais plus que tout et en même temps je n’avais pas envie que l’on me remarque. Paradoxal !

Fin des vacances de février.

J’ai passé deux semaines dans l’appart. Première semaine, enfermée totalement à cause de la grippe de ma fille et deuxième semaine sans voir personne. Finalement je l’ai plutôt bien vécu, pas de coup de mou le soir en couchant la petite. Je commence à m’habituer et même à apprécier la solitude. Elle donne un grand sentiment de liberté et permet de rester centré sur soi-même (dans le bon sens du terme.) Je suis en train de changer. Je ne peux pas dire profondément car cette essence a toujours été en moi depuis mes 20 ans et même avant, mais là je pourrais bien l’assumer complètement alors qu’avant cela me faisait peur. Cette rupture amoureuse m’a ouvert la voie à une nouvelle spiritualité. Je revis en quelque sorte, me reconnecter avec mon Moi profond, réapprendre le don de soi (sainement), la patience, la disponibilité, l’étude des textes, l’oisiveté, prendre son temps, apprécier les silences, la musique. Arrêter de vivre dans ce monde purement matériel, se détacher des envies, des frustrations, des appels de la publicité. Vivre sobrement avec le strict nécessaire mais être largement comblée. Se détacher des envies, des frustrations, de l’argent et de la possession inutile. Reprendre des livres à la médiathèque et garder dans ce carnet uniquement les passages aimés, au pire (au mieux ?) les réemprunter plusieurs fois (faire en sorte que la médiathèque devienne ma bibliothèque perso.) Être dans l’achat uniquement pour les fêtes, cadeaux, pour savoir encore plus apprécier le moment venu.

Beaucoup de mal à partager mes connaissances actuelles sur « Le Secret». J’ai un nœud qui m’empêche de diffuser le message sereinement, comme si quand les autres sauront, ça les rendra meilleur que moi. Je sais que c’est idiot et égoïste surtout que l’on a intérêt à tous avoir conscience de cela pour s’épanouir, vivre sainement, pleinement et ainsi améliorer notre monde. Je fais donc un travail sur ce blocage. C’est un peu pareil pour le zéro déchet, j’ai des difficultés à donner des tuyaux aux autres. C’est franchement pénible. Donc ce matin, j’ai fait un premier pas sur Facebook. Une amie demandait : «Qui lit quoi ?» Et après une belle hésitation, j’ai répondu : «J’ai acheté Trois amis en quête de sagesse, j’ai eu du mal à le finir car je trouvais que ça tournait en rond mais les critiques sont bonnes, si tu aimes les leçons spirituelles, je te le passe.» Savoir partager, être vraie, lâcher prise. J’ai encore du travail mais je m’y attelle. C’est peut-être aussi avoir peur de se mettre à nu. Avoir un jardin secret me semble intéressant mais j’ai peut-être tort si l’ego est une illusion. On devrait pouvoir tout donner, tout dire, être totalement transparent pour inspirer les autres. J’ai des murs à abattre pour en arriver là. Il faut dire que dans notre société on est nourri depuis tout petit à la compétition. Être le plus beau, le plus fort, le plus intelligent et ensuite le plus riche (quoique ce n’est pas très bien vu par ici d’être trop riche.) On est tellement habitué à cela que du coup c’est difficile de lâcher du terrain ensuite pour donner des clés aux autres qui pourraient leur permettre d’être aussi bien (voire mieux) que soi, ce qui est, je l’avoue, vraiment vraiment ridicule.

J’ai hésité à donner un livre sur la spiritualité alors que la personne me répond : «C’est gentil mais je ne suis pas du tout livres spirituels.»

Achat : Le Yi King divinatoire.

J’aimerais savoir m‘en servir à la perfection.

Deux premiers tirages ce soir. Assez émue de la réponse à la question « Où en est-il dans ses sentiments pour moi ?»

Réponse : Ting le chaudron

«Le bois est l’aliment du feu, dans le chaudron se trouve rituellement, la nourriture des hommes. Tant qu’il y a du bois, le feu existe. Tant que les hommes servent les dieux, leur nourriture est assurée. Tant que nous savons conserver et entretenir en nous ce qui est spirituel, notre destin est digne d’être béni des dieux. C’est alors l’image de ce que Dieu rend en centuple. Actuellement vous êtes dans une situation où vos qualités ne sont pas reconnues. Sachez vous affermir. Patientez. Le temps est proche de l’amélioration.»

Journée bien remplie. Beaucoup de bienveillance autour de moi aujourd’hui. Des sourires, des bonjours, des mots gentils, des personnes ouvertes. Au niveau des lectures, j’ai emprunté à mon ex la biographie de Jung. Je voulais voir ce qu’il disait de Pauli mais je n’ai rien trouvé. Par contre, il y parle du Yi King et de son utilisation personnelle.

Nouveau carnet en route, Les interprétations du Yi King.

Je me familiarise petit à petit avec la méthode qui semble très simple à la différence du tarot. Pour l’instant, il me semble que le petit livre que je possède est suffisant, j’ai vu qu’il y avait un livre de huit cents pages qui fait référence. N’est-ce pas là notre volonté de toujours broder autour d’un sujet ? Les soixante-quatre hexagrammes ne parlent-ils pas d’eux-mêmes ? J’ai envie de tenter de rester dans la simplicité. Dans ma quête du spirituel j’ai aussi décider de ne pas me laisser embarquer dans des montagnes de livres sur le sujet. Apprendre du parcours et de la connaissance des autres, plus expérimenter est une bonne chose mais il faut garder, selon moi, le recul nécessaire pour ne pas se laisser dicter la voie. J’ai du mal d’ailleurs avec les rassemblements communautaires, j’ai l’impression que chacun s’y oublie pour former un ensemble. J’ai peut-être tort. Cela vient peut-être toujours de ma peur que les autres soient meilleurs que moi. Si j’entre dans une communauté, je vais forcément y rencontrer des personnes qui sont plus avancées au lieu de le prendre comme une chance, je risque bêtement c’est vrai, de le prendre comme un affront. Travailler sur soi encore et encore.

Se détacher des choses matérielles. Il me semble que jusqu’ici j’y parviens pas mal. Pas évident en tout cas avec les nombreuses envies que la société de consommation nous crée. J’en ai déjà parlé ici.  À l’heure de notre mort nous n’emportons rien. D’accord, c’est vrai, mais on peut laisser quelque chose aux générations futures qui les aidera. Une maison et l’argent de l’héritage qui va avec, oui c’est une source d’aide dans ce bas

monde mais finalement assez éphémère. S’endetter vingt ans pour ça ne me paraît pas judicieux. Ça le serait si la maison devenait la propre maison d’un enfant devenu adulte qui n’en a pas, mais cela n’est pas le cas. S’il reste des objets, ils peuvent avoir ensuite une valeur affective, mais ça reste qu’un objet, bof ! La seule chose qui peut avoir de la valeur à l’heure de notre mort reste le témoignage, ouvrir la voie pour ceux qui suivent, ne pas les laisser partir de zéro. Les carnets intimes sont alors de fabuleux témoignages et un fameux héritage pour les enfants. Entrer (enfin !) dans la sphère purement intime d’un père ou d’une mère. Lire les non-dits inavouables, comprendre les nœuds familiaux, les paradoxes, les défauts, voilà qui me semble riche d’intérêt et qui peut permettre de lever des voiles sur des situations, des malentendus… A la naissance de nos enfants, nous devrions tous nous mettre à écrire en vu de leur laisser cet héritage là (au lieu d’argent en banque, même si l’un n’empêche pas l’autre.) Si les écrits ne servent pas à nos enfants devenus grands et presque vieux, ils pourront servir aux petits enfants ou pourquoi pas à un inconnu qui saura en apprécier la sublime valeur. En même temps je dis ça , mais j’écris au crayon effaçable, pas sûre que cette encre-là résiste à l’épreuve du temps. Celui qui trouvera mon cheminement intéressant devra s’empresser de l’informatiser.

Rétrospective

 

Finalement je suis celle qui tape mon carnet à l’ordinateur. Au moment de l’écriture, je ne pensais vraiment pas que me serait donnée l’occasion de publier ce journal intime et qu’il puisse être intéressant pour des personnes que je ne connais pas et pourtant au fur et à mesure que je le retranscris, je me rends compte que tout y est écrit comme pour être publié et que chaque soir, sans en être consciente, je venais déposer le témoignage de mon cheminement qui allait m’emmener vers plus de paix du cœur et plus d’ amour pour moi-même et pour les autres.

Dans cet épisode, nous pouvons lire que je prends petit à petit confiance en moi. J’apprends à reconnaître mes qualités, que j’avais jusque-là pris pour des défauts. J’accepte d’être celle que je suis. À plusieurs reprises je souligne que j’ai encore peur de ne pas être à la hauteur et que d’autres le soient à ma place, mais le travail est engagé car il y a une prise de conscience et j’essaie par de petits actes de me pousser à réagir autrement. Je me force à sortir de la jalousie, de l’envie, de la compétition, de la comparaison. Plus je nourris de l’amour pour moi-même moins j’ai besoin de me protéger derrière ces travers.

Le chemin vers plus de Lumière et d’Amour dans sa vie, s’initie par plus de Lumière et d’Amour vers soi. La générosité, la vraie, celle qui ne demande rien en retour et qui ne pose pas d’attente particulière est rare. Pourquoi ? Parce que nous ne nous aimons pas entièrement et que notre peur de manquer nous empêche d’offrir ce que nous sommes, ce que nous avons. Le monde actuel est rempli de petits egos qui sont tournés vers eux-mêmes, pas tant pas pur égoïsme mais bien par peur. Nous montrer vulnérable, nous laisser approcher véritablement, baisser les boucliers et faire tomber nos masques sont l’ouverture à un nouveau monde. Le premier pas est la prise de conscience, le second est de sortir de nos zones de confort en offrant ce que nous n’avons jamais offert ou en nous dévoilant à quelqu’un, nous montrant tel que nous sommes dans nos qualités ou failles. Arrêtons de jouer des rôles pour cacher l’être misérable que nous pensons être au fond (même en se le cachant à soi-même) et devenons ce que nous sommes, des êtres merveilleux dans nos parfaites imperfections dotés d’un cœur et d’une capacité à l’amour infinie.

La route peut être longue pour parvenir à sortir de ces schémas et constructions mentales. De mon côté, j’ai encore tendance à me comparer aux autres, à me dévaloriser, je peux aussi encore nourrir une forme de jalousie face à ceux et celles qui ont mieux réussi que moi, qui sont plus à l’aise, qui attirent à eux plus de personnes. Quand on a conscience que nous sommes tous reliés et que chacun a la place pour exprimer sa lumière, que l’abondance peut toucher tous les domaines, ressentir ce genre de sentiment reste désagréable. Je souhaiterais pouvoir me réjouir pleinement pour ceux qui ont réussi, j’y arrive pour certains et non pour d’autres. J’aimerai ouvrir mon cœur en si grand qu’il n’y aurait que de la bonté pour toutes choses. Ce n’est pas encore le cas, alors je l’exprime, je l’accueille, j’y mets de la lumière, fais le souhait de sortir de cette vision limitante et pose des actions pour cela. C’est moche de penser ainsi, j’en suis tellement consciente, mais en même temps je reste compatissance et bienveillante avec moi-même, car si j’ai ces réactions c’est qu’il reste un manque d’amour, une zone d’ombre, de blessures, sûrement hérités de la petite fille qui n’a pas été totalement aimé pour ce qu’elle était, que l’on a comparé aux autres, qui a eu peur de perdre l’amour qui lui revenait. Je pose ici, à nouveau ce souhait de sortir de mes zones d’ombre, je veux avancer et évoluer pour mon plus grand bien et pour celui des autres. Qu’il en soit ainsi, avec toute ma gratitude !

Mantra de Lama Zopa, à penser chaque matin :

«Jusqu’à l’éveil, jusqu’à ma mort, et surtout aujourd’hui, que je me lève, marche, m’assoie ou me couche, que j’étudie le Dharma, réfléchisse ou médite, puissent mes actions physiques, verbales et mentales ne pas engendrer de souffrance mais devenir des causes de bonheur et, par-dessus tout, des causes qui me feront atteindre le parfait abandon et le plein développement.»

Je vous remercie de me lire et de vous laisser toucher par mes mots, en espérant du fond du coeur que cela vous apporte quelque chose.

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À la joie de pouvoir échanger.

Les carnets d'Adélaïde (épisode 5)

by Adélaïde Arnaud | Présences Magazine No 5 - Juillet/Août 2019

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