fbpx

Hier, j’ai marché longtemps, vraiment longtemps et lorsque l’on sait ce que cela représente pour moi, lorsque l’on imagine que chaque fois que le pied s’est posé, la lourdeur, l’énergie, la sourde douleur, cette petite promenade de trois heures, cette petite balade dans les rochers sur un sentier escarpé est une de mes plus grandes épreuves.

Tout d’abord dans la lenteur, un pas, un pas, un pas, ma canne émet à chaque fois ce son mat du caoutchouc qui heurte la pierre, qui se pose au sol un peu lourdement.

Je marche à trois temps.
La paume de ma main s’échauffe doucement dans la chaleur et cette petite douleur incite à encore plus d’attention.
Voilà une heure que mes pieds se posent, voilà que mes articulations crient que cela suffit ; mes muscles, mes tendons, hurlent.

Je m’arrête, quelques larmes viennent. Voilà que je perds ma capacité à marcher. Alors vient cette immense peur de la perte d’autonomie, cette angoisse de ne plus pouvoir faire sans demander, de ne plus pouvoir agir sans aide.
Cette peur orgueilleuse de ne plus être libre de son corps.

Quelques longues minutes et cette prière du cœur qui vient et qui s’installe.
De toute façon, faire demi-tour c’est renoncer. Et pour l’instant, il y a quelques ressources alors y aller, ça a du sens, c’est presque beau, un peu de tragique mais si bon.

Alors la seule issue pour continuer, c’est de trouver des forces, de faire en sorte que chaque pas soit un cadeau, que chaque larme soit offerte. Un pas, une larme, et l’entrée dans cet état qui permet de se dépasser par l’intermédiaire de ce petit bracelet à mon poignet gauche qui est là pour me rappeler que je ne peux être à moi si je suis dans les pensées du monde. C’est un komboskini : il a trente-trois nœuds. À chacun que je fais glisser entre mes doigts je récite la prière du cœur, cette stance sans cesse répétée, sans cesse reprise à l’intérieur, qui rentre jusqu’à mon cœur et m’aide à ne plus être que ce corps, à poser mes pas dans cette oraison. Plongé dans ma prière, ce mantra incessant, qui de supplication devient lumière et ouvre la possibilité de traverser, d’intégrer, je suis bien plus que ce corps, mes pas sont les liens à plus grand que moi, je m’abandonne à moi.

 

La suite de l'article ainsi que l'écoute audio sont réservées aux abonnés

Découvrez la formule d'abonnement qui vous convient (au trimestre ou à l'année, en digital et/ou en papier)

OU

Achetez le magazine au numéro (format papier ou digital)

Vous êtes déjà abonné ? Identifiez-vous pour pouvoir lire l'article dans son intégralité :

Igor Ochmiansky

Redonner à l'humain la priorité, révéler le meilleur, ouvrir la fenêtre de l'imaginaire, pour que le sensible ne soit pas que du beau, offrir les images du coeur.

C'est autant d'envies qui font de mon travail, une passion, longtemps enfermé dans la pratique voici que l'envie de l'esthétique ouvre sur d'autres façons de travailler et de voir dans le regard des autres.

Voir tous les articles