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Dans la tradition du cirque, les clowns vont par deux. Il y a le noble et le bouffon, le précieux et le grossier, le chef et le subalterne, le raisonnable et le téméraire, la tête et les jambes. Comme en nous, ce qui pense dicte sa loi à ce qui agit. Sauf que… il est parfois utile de tout faire basculer : que la tête ne se croit pas tout permis et que le corps se permette d’exister. Voici qu’arrive le clown sacré !

Tadaaaa…

Cette couronne de rieur, cette couronne de roses ! C'est moi qui me la suis posée sur la tête. Et j'ai déclaré que mon rire était sacré. J'ai canonisé le rire. Hommes supérieurs, apprenez à rire.

Nietzsche

Modifier l’ordre établi n’est pas chose aisée, il va falloir désigner un héros pour se charger d’opérations violatrices des lois. C’est souvent un être impertinent qui prend plaisir à transgresser les règnes, qui accomplit des actes prohibés, qui profane même les choses sacrées. En Amérique du Nord, il se nomme le « trickster » : il est maladroit, obscène et glouton. Il prend la forme animale d’un coyote. Il est complexe, ambivalent, mais c’est pour le bien de sa communauté. Personne ne le blâme ni le condamne. 

Issu de la tribu Dakota, l’ « Heyoka » est un clown sacré dont la fonction est de tout faire à l’envers. Son rôle contre-nature peut être difficile à assumer, car un rêve l’a choisi à vie. Il apparaît lors des cérémonies, durant les processions. Il défait le symbolisme accepté et met à jour l’envers du décor. En cela, il démystifie le crédible, offre un espace de liberté ; chacun aurait bien envie de l’imiter, d’oser vivre et être autrement. Mais… juste un moment, car rentrer dans le rang reste indispensable à la survie communautaire. L’Heyoka éclate de joie dans les moments les plus douloureux, il soupire et grogne plutôt qu’il ne parle. Lorsqu’il fait chaud, il frissonne et le froid le fait transpirer. S’il a soif, il exprimera qu’il n’a aucun désir de boire et si nous souhaitons l’inviter, il faut lui crier « ne viens pas ! ». On le voit marcher à reculons ou sur les mains, porter des vêtements à la Dagobert qui – comme chacun le sait – était un Heyoka qui s’ignorait. C’est un amuseur public qui ne connait pas la honte ; il nous pose la question de notre authenticité. Entre penser et agir, nous ne sommes pas toujours cohérents.

 

 

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Marianne Grasselli Meier

Marianne Grasselli Meier

Marianne Grasselli Meier est écothérapeute, musicothérapeute et auteure. Elle donne ses ateliers et forme des praticiens en Ecorituels® en Suisse, en France et en Belgique.
Auteure de  « Rituels de femmes pour s’épanouir au rythme des saisons » Ed Courrier du Livre 2016

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