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Deux grands rires mythiques explosent dans l’Antiquité et résonnent encore aujourd’hui ; deux rires improbables, deux rires de vieilles femmes qui se retrouvent au cœur même de la vie. L’un est de Sarah dans l’Ancien testament qui apprend, alors qu’elle est ménopausée depuis des années, qu’à son âge avancé, elle est enceinte. Sarah redevient féconde, mais de quelle fécondité parle-t-on ici ? L’autre est le sujet de cet article : le rire de Demeter, la Déesse-Mère qui rit après des mois de désespoir. Des rires qui redonnent vie et sont la quintessence du rire sacré féminin.

Faites la fête avec tout votre corps, avec tout votre être.  Et tant pis si vous y laissez quelques plumes. Cela  repousse!

Sophie Chauveau

Au temps des Grecs, par Zeus !

La société grecque est en tout premier lieu un monde d'hommes; de leur côté sont la force, la culture, la civilisation, la guerre, la politique, la raison et la lumière[1]. Nous pouvons donc nous en faire une représentation très contemporaine car la femme est un être considéré comme mineur. Ses défauts n'ont pas évolué (!), Hésiode dans son écrit la femme chienne la décrit comme " un être curieux, malfaisant, paresseux, gourmand dont la sexualité incontrôlable est marquée par l'indifférence ou l'excès".  L'aspect sauvage voire dangereux de la femme était une vision coutumière en Grèce : si l'homme est dans la lumière, alors la femme est l’ombre, reliée aux forces non dominées de la nature, aux excès sexuels, aux débordements orgiaques et à la démesure.  La symbolique suit : la femme–terre est stupide, la femme-mer retorse, la femme-porc une souillon, la femme-singe un sommet de laideur… En découle, toujours chez Hésiode, un code de bonne conduite avec les critères suivants : ne pas chercher trop à savoir, mais penser au travail, ne pas trop manger, ne pas trop jouir mais faire des enfants à son mari. Vision encore si répandue de nos jours ! Les hommes grecs exprimaient pourtant avec une étonnante simplicité leur vie sexuelle; les représentations de phallus sont légions, visibles par tous. Lors de certaines fêtes comme celles de Dionysos, les femmes confectionnaient des gâteaux en forme d'organes sexuels masculins et féminins pour en faire offrande au Dieu. Dans le théâtre et particulièrement dans le théâtre comique, il n'y avait aucune censure concernant les allusions faites à  la sexualité.  Rien de nouveau sous le ciel de Zeus : la femme est importante lorsqu'elle séduit et attise le désir. Elle connaît tous les artifices pour accéder à une beauté qui va plaire. Les courtisanes transmettent dès leur plus jeune âge des conseils de maintien et de maquillage aux jeunes filles.  "Elle se force à rire tout le temps afin que la compagnie puisse admirer sa bouche dont elle est si fière. Si elle n'a pas envie de rire, elle garde une fine branche de myrte entre les lèvres de façon à sourire qu'elle le veuille ou non".[2]

Ce qui diffère avec notre mode de vie contemporain, c'est que les jeunes filles avant leur mariage, les femmes mariées ensuite, participent activement à la vie religieuse de la cité et y  déploie une activité singulière. Certains cultes leur sont spécialement réservés, comme celui d'Artémis ou celui de Demeter à Eleusis. Dans cette ville, à environ 20km d'Athènes, les femmes se rencontraient pour percer le mystère de la vie de la nature.  Ce culte fut interdit en 393 après J-Christ par Théodose, un empereur chrétien qui tenta d'éliminer toute trace des cultures antiques. Il persécuta également toute forme d'homosexualité, faisant plus de 10'000 morts lors de cette purge.

Le thème principal de ces initiations était qu'une naissance à travers la mort était toujours  possible. Cet extraordinaire message que seule la Déesse Mère peut offrir au monde est une continuité dans toutes les civilisations préchrétiennes. Il a été délivré par Isis, Astarté, Cybèle. On a retrouvé également sa trace au Japon dans le mythe d'Amaterasu, la déesse du soleil, fort semblable à celui de Demeter que nous allons retraduire ci-dessous.  Dans le cadre de processions, les femmes sont étroitement associées aux formes "sauvages" de la vie religieuse. Elles se transformaient en Ménades: "Nos propres femmes, nos propres sœurs de leurs foyers sont conduites aux rites secrets et sauvages ; et se rassemblent là-bas, haut sur les collines obscures, avec la danse et la prière pour adorer ce nouveau Dieu, ce Dionysos." Euripide 

 

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Marianne Grasselli Meier

Marianne Grasselli Meier

Marianne Grasselli Meier est écothérapeute, musicothérapeute et auteure. Elle donne ses ateliers et forme des praticiens en Ecorituels® en Suisse, en France et en Belgique.
Auteure de  « Rituels de femmes pour s’épanouir au rythme des saisons » Ed Courrier du Livre 2016

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