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Dans le lien aux autres, nous aimons être en compagnie de personnes qui vont rire avec nous sur les mêmes sujets; une complicité, une connivence sociale s'installe. Le bien-être est partagé. Si nous pouvons rire des mêmes choses, c'est que quelque chose nous unit, nous fait nous ressembler. Les femmes ont toujours ri, beaucoup et passionnément,  mais en restant cachées entre elles.  L’exposition du rire féminin naît du mouvement féministe des années 1970. Benoite Groult écrit qu’il faut « laisser le temps aux femmes d’apprendre à rire ». Quelle liberté se dévoile derrière ce rire social ? La consécration des humoristes femmes est très récente.

L'homme est pour le purgatoire, les femmes pour l'enfer parce que l'on s'y amuse mieux.

Proverbe de la Martinique

Le corps nié

La femme qui rit est avant tout un corps. Et un corps qui vit est un corps de plaisir. C’est cette image-là que le rire fait ressurgir. Un homme qui rit a de « l’esprit », quant à la femme elle dérange par une non-retenue qui choque.  La femme qui rit est extravagante, elle ne sait pas « se tenir », son corps parle au-delà de son contrôle. "Qu'est-ce que l'extravagance sinon le hors-sens, l’hors limite qui révèle l'échappée de l'esprit dans la singularité de son plaisir, insouciant des bornes et des normes. Le rire est l'une des expressions qui affirment la personne comme singulière, irréductible aux codes ».  La femme qui rit aux éclats, soulève ses jupes ou qui parle fort est une femme de « mauvaise vie ». La femme qui connaît – ou accepte -  les convenances ne se le permettrait pas ! D'ailleurs, habillée, comment le pourrait-elle ? La mode jusque dans les années 1920, enferme les femmes dans des vêtements si ajustés que le diaphragme, la respiration ample, sont impossibles à mouvoir. La femme suffoque et souvent se pâme. On y voit sa délicatesse, son sexe faible et non pas ce qui tombe sous le sens : ses habits qui musellent son corps et surtout sa respiration. Comment rire dans ces conditions ? Les seules possibilités s’offrent lorsque les habits sont déposés; en petits dessous ou nue. Donc… principalement, entre femmes et leur complicité s'en trouvera renforcée. La femme rit "en cachette", cachée entre elles : "pour être libres, vivons cachées" dit le dicton. Pour rire libres, vivons cachées ?

Le rire ne dérange pas encore le contenu mais le contenant qu'est la femme ; bouche grande ouverte, corps en sursauts, plaisir et donc indécence. Le rire, en plus, froisse les traits lisses de la beauté féminine. Le rire enlaidit la face, courbe le corps qui ne s’appartient plus. Le corps s’adonne. Le mâle qui reçoit ce rire en échange de son humour, le sait bien : "femme qui rit, femme au lit !". Le corps de la femme qui rit est déjà un corps de désir, donc inconvenable. En société, la seule expression permise est les larmes : la femme victime, nécessitant une protection, est admise. Dans cet acte de soumission aux souffrances de la vie, elle conforte le rôle biblique d’être punie après le péché originel. Une longue tradition. Une profonde empreinte. Il ne lui reste plus que les pleurs dans lesquels elle se soumet tout autant qu'au deuil de son plaisir et de ses désirs. Le nez devient rouge de larmes versées. Un autre nez rouge que celui du clown : y a-t-on déjà pensé ?

 

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Marianne Grasselli Meier

Marianne Grasselli Meier

Marianne Grasselli Meier est écothérapeute, musicothérapeute et auteure. Elle donne ses ateliers et forme des praticiens en Ecorituels® en Suisse, en France et en Belgique.
Auteure de  « Rituels de femmes pour s’épanouir au rythme des saisons » Ed Courrier du Livre 2016

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