Le pouvoir de l’accueil

par | 6 Mar 2019 | Bien-être et santé | 0 commentaires

La thérapie démarre toujours par l’accueil des souffrances. En tant que psychologue, je suis là et j’accueille. Simplement, j’accueille. Cependant, passé ce temps d’accueil, peut-être souvent trop bref, il s’agit souvent « de  faire ». À peine avons-nous déposé nos souffrances, à peine avons-nous pris le temps de les accueillir pleinement, qu’il faut « faire quelque chose » pour en sortir. L’image qui me vient souvent est celle d’une personne au milieu de l’océan qui gesticule dans tous les sens pour ne pas couler. Je me dis souvent qu’à force de lutter, à un moment, elle risquerait de couler d’épuisement. Cependant, en gesticulant dans tous les sens, cette même personne peut avoir le sentiment de « faire quelque chose » pour s’en sortir. Si soudainement, elle décidait de faire la planche, alors, il serait tout autant probable qu’elle s’en sorte. Elle tiendra peut-être même plus longtemps, ce qui augmentera très certainement ses chances de survie. « Si je cesse de faire, alors inévitablement je vais couler. », me diraient certains. Peut-être, mais peut-être pas. Lorsque l’on a passé trop de temps « à faire » sans succès, cela n’est pas forcément le signe que nous n’avons pas assez fait ou pas fait la bonne chose ou utiliser la bonne méthode. Cela est peut-être le signe que nous devons nous arrêter. Pourquoi alors ne pas envisager d’être ? Être et accueillir.

Je pense qu’il faudrait l’expérimenter au moins une fois, une seule, pour en être convaincu. Au départ, pourtant, me concernant, cela me semblait tout, sauf évident : « Tu as des peurs, me disait avec bienveillance ma thérapeute, cesse de lutter afin qu’elles disparaissent et accueille-les». Las de lutter sans doute, j’ai suivi son conseil et j’ai accueilli. Instantanément, ma peur a chuté de moitié. Je n’avais, pour une fois, rien fait, juste accueilli. Le pouvoir de l’accueil ! Depuis, j’ai cessé de lutter et j’accueille, la tristesse, la peur, la colère, le doute… Et après avoir passé un moment à mes côtés, moment durant lequel chaque émotion est accueillie avec patience et bienveillance, elles poursuivent leur route, sans moi. Il est, bien entendu, évident, que je ne les accueille pas encore les bras grands ouverts, cela viendra peut-être, mais pour le moment je me contente de leur faire un peu de place, comme on pourrait en faire pour un voyageur indésirable que l’on n’attendait pas.

Plus je cherche à le faire partir, finalement, plus ce voyageur se fait présent, plus il prend de la place. Il m’empêche alors de poursuivre  mon propre voyage. J’accepte à présent de faire un bout de chemin avec lui, je sais bien à présent que nos routes finiront par se séparer dès que nous aurons partagé ce que nous avons à partager.

« Vous me demandez donc d’accueillir l’angoisse quand elle arrive ? » me questionne mon patient avec un air mi-amusé mi-terrorisé. « C’est exact, je vous demande d’essayer, juste d’essayer et si cela ne fonctionne pas, vous reprendrez vos mécanismes de gestion habituels ». Je le sens peu rassuré à l’idée de ne rien faire mais déterminé à essayer, de ne plus essayer. « Il s’agit alors d’avoir en tête qu’une émotion est passagère, si vous ne luttez pas, elle finira par s’évanouir d’elle-même ».

Deux semaines plus tard, je revois mon patient. Il m’explique qu’il n’a eu que deux crises d’angoisses contre une bonne dizaine habituellement. Il m’explique surtout qu’il n’a plus peur. Il n’a plus peur de faire à nouveau une crise d’angoisse, car il sait à présent qu’il peut la gérer, l’accueillir et la laisser passer. « Finalement, il ne se passe rien de plus, elle finit par s’estomper d’elle-même et alors je peux m’endormir ». Il est confiant pour la suite, moi également.

Et si l’accueil, au-delà de nous aider à traverser des émotions difficiles, nous permettait de reprendre confiance en nous, confiance en notre capacité de faire face à nos émotions, de les traverser et de les dépasser sans pour autant en être anéanti…

Finalement, là où nous croyons que nous allons sombrer, nous nous relevons plus fort. Et s’il s’agissait en fait uniquement d’une ruse de plus de notre mental pour nous maintenir dans la peur ?

La peur, c’est souvent elle le metteur en scène. Dans les coulisses, elle dirige tout et nous empêche d’exister dans toute notre lumière. Nous avons peur souvent de ne pas nous en sortir, de replonger dans un état dépressif, de ne pas arriver à s’endormir… Au fond, nous croyons peu en nous, en nos ressources, en nos potentiels et ce, même si la vie n’a eu de cesse de nous montrer le contraire. Finalement, plus nous avons peur, plus nous donnons de la réalité à toutes ces illusions. Alors, la peur grandit, encore et encore…

« Et si je faisais à nouveau une dépression, je ne veux plus me retrouver dans cet état ! » Alors la peur arrive et pourtant… Vous avez déjà été dans cet état et vous vous êtes relevé, vous ne souhaitez plus être dans cet état, mais si à nouveau cela devait vous arriver, à nouveau vous allez vous relever. Vous allez même probablement vous relever plus vite car vous serez en terrain connu. Vous avez déjà été triste, vous avez déjà eu peur, vous avez déjà souffert et à chaque fois vous vous êtes relevé, vous avez triomphé puisque vous êtes là aujourd’hui. Vous avez donc des ressources, bien plus que vous ne pouvez l’imaginer. Et si jusqu’à présent vous n’avez pas traversé de grande peine, alors, voilà l’occasion de découvrir des ressources insoupçonnées. Finalement la vie ne cesse de nous pousser à prendre pleinement conscience de tout notre potentiel, rien de plus. Comme des enfants, quelle n’est pas notre surprise lorsque nous voyons que nous avons été capables, que nous avons survécu, que finalement ce n’était pas aussi difficile. Quelle joie de découvrir que nous n’avons plus peur à présent d’accueillir cette émotion ! Il s’agit au fond de croire en soi, de croire en soi au-delà de ce que nous croyons connaître de nous-même, de croire que nous pouvons encore nous surprendre, de croire que nous avons encore des trésors à découvrir à l’intérieur de nous-même. Il est bien évident cependant qu’avant de découvrir le trésor quelquefois nous allons devoir visiter des tunnels sombres, quelquefois juste pour donner encore plus de valeur à la lumière au bout. Personne n’est épargnée, personne ne peut contourner, ou alors au risque de se retrouver une nouvelle fois au point de départ. Personne n’est plus doué, certains ont juste davantage expérimenté mais ils n’en sont pas moins épargnés par la vie.

« Mais comment font les autres ? ». Ils font comme vous, ils essaient, quelquefois ils y arrivent, d’autres fois ils échouent et ils continuent d’avancer… Le plus important finalement c’est le chemin, pas la ligne d’arrivée.

Lorsque nous entamons un cheminement spirituel, nous ne cessons pas d’être traversés par la vie. Nous continuons à vivre des tristesses, des peurs, des doutes mais nous essayons d’être à leur écoute, de les accueillir et surtout nous continuons d’avancer. Il nous arrive de faire des pauses ou de demander de l’aide et puis… Nous continuons d’avancer. Quelquefois, nous oublions et nous nous laissons emporter par l’agitation du mental, nous plongeons à nouveau dans la lutte et puis, nous nous rappelons : s’arrêter et accueillir.

Parce qu’accueillir l’émotion, c’est aussi s’accueillir soi-même dans ses fragilités, dans sa vulnérabilité, jusque dans ses ombres. Accueillir l’émotion, c’est accueillir au fond l’Être que nous sommes, lumineux, jusque dans ses imperfections. Accueillir, c’est cesser de vouloir être et commencer simplement à être. Accueillir, c’est cesser de vouloir contourner le tunnel sombre mais accepter de le traverser avec la certitude que la lumière brille de l’autre côté. Accueillir, c’est avoir confiance, en soi et en ses ressources illimitées. Accueillir, c’est laisser le flot de la vie nous traverser plutôt que de chercher à le diriger.

 

Alors, arrêtons-nous quelques minutes et soyons à l’écoute de ce qui se passe en nous. Tiens la voilà cette émotion dérangeante dont nous voulions nous débarrasser.  Observons-la. Tranquillement nous allons prendre notre émotion par la main, lui murmurer que nous sommes prêts à faire un bout de chemin avec elle. Avec bienveillance, encore, nous allons lui chuchoter que nous savons qu’elle n’est que de passage. Nous allons la remercier pour ce voyage qui sera peut-être difficile mais ô combien empli de richesses.

 

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