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Le périnée féminin (partie 1)

par | 7 Oct 2019 | Bien-être et santé | 0 commentaires

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Tout un potentiel entre nos jambes ou le rôle stratégique du périnée, ce grand « mal connu » (partie 1)

C’est entre nos jambes que se loge un grand méconnu ou « mal connu » qui se nomme périnée ou plancher pelvien, que nous soyons femmes ou hommes. Il est l’héritier trop souvent malheureux de siècles de tabous, silences, non-dits, maltraitances, accouchements, viols ou plaisirs dit honteux. Il est l’espace où se joue la sexualité génitale et ses plaisirs. Méconnu trop souvent encore, mal connu de mon point de vue, il fait l’objet de croyances, de mainmises et de « savoirs » souvent déconnectés de l’intelligence globale et du corps. Lumière sur le périnée et son potentiel à découvrir !

 

Le périnée, qu’est-ce que c’est ?

Le plancher pelvien, fréquemment appelé en France périnée, est un ensemble de muscles et tissus conjonctifs. J’aime à dire qu’il est « multicouches et multifonctions ». Chez les femmes tout comme chez les hommes, il ferme le petit bassin. Il assure la continence et le passage de l’urine et des matières fécales lors de l’élimination. Chez la femme, baigné par les hormones en fin de grossesse, il se détend et s’ouvre lors de l’enfantement, puis se referme lentement tandis que le corps retrouve progressivement sa posture et sa taille. Il est influencé comme il influence plusieurs systèmes corporels dont le système dit squeletto-musculaire ou postural, celui des fascias, de la respiration, des hormones (au cours des cycles menstruels et de la grossesse), etc. Ses trois couches musculaires glissent les unes sur les autres et s’harmonisent entre elles, suivant les mouvements, la pression, la posture et les positions du corps. Ces trois couches de muscles sont insérées face interne du petit bassin. Le périnée comporte en son centre un espace de tendons, appelé centre tendineux. Il est comme un pilier central qui régit l’ensemble de sa « structure ». Je l’estime particulièrement important pour l’organisation corporelle générale et aussi pour la circulation énergétique. Nous sommes quelques femmes spécialistes de cette thématique à nous questionner sur l’anatomie, celle qui est représentée, celle qui est dessinée dans les livres d’anatomie et représentée en plastique sur certains squelettes. Cette interrogation nous vient de nos ressentis intérieurs et observations en situations pour nous-mêmes et celles que nous accompagnons.

 

Quelles sont les qualités du périnée ?

Le plancher pelvien réunit les qualités des muscles et celles des tissus conjonctifs. Il serait en effet composé de 20% de muscles et de 80% de tissus conjonctifs. Il fait donc partie de ces deux systèmes, le système musculaire et le système des fascias, les deux interagissant avec tout le corps. S’il n’est pas contraint par différents facteurs qui troublent son fonctionnement (parfois depuis l’enfance), il est naturellement fort, mobile, souple, « respirant », contenant, soutenant, réactif, notamment. Et parce que les tissus conjonctifs sont dits intelligents et communiquant, le périnée est sensible aux variations internes (joie, stress, peur, changements de pression, hormones, circulations sanguines et lymphatiques, pressions abdominales et respiratoires, par exemple). Il réagit tout autant aux situations externes (variations de températures, de pression, de position, de rythme, changement de chaussures, etc). Sa principale qualité est l’adaptabilité et son principal défaut est la sur-adaptabilité en cas de sollicitations trop importantes, longues ou multiples.

 

Des faiblesses ou dysfonctionnements lui sont souvent attribués. Qu’en pensez-vous ?

En effet, le périnée des femmes est souvent, trop souvent d’après moi, considéré comme potentiellement faible. Ne dit-on pas « le sexe faible » en parlant de la gente féminine. Je n’ai jamais entendu de considération sur le périnée des hommes. Beaucoup d’entre eux ignorent d’ailleurs qu’ils en ont un. Pour ce qui est des dysfonctionnements ou des pathologies, oui, malheureusement, elles sont nombreuses, trop nombreuses, gênantes et parfois douloureuses. Toutefois, mon regard sur ceux-ci est qu’ils sont des symptômes et non des causes. Et je suis extrêmement dérangée que la responsabilité soit attribuée au plancher pelvien féminin, là où, d’après moi, la cause ou les causes sont ailleurs. Car pour qu’il y ai dysfonctionnement, d’après moi toujours, il y a deux facteurs à prendre en considération : le temps, c’est-à-dire le temps qu’il a fallu au corps pour se désorganiser (car le corps humain a une très grande capacité de compensation et de réorganisation naturelle) et les causes multiples. J’ai en effet constaté au fil des années qu’il y a plusieurs raisons combinées à une difficulté. Aussi, j’informe et je milite depuis longtemps pour que cesse l’affirmation dans les mots posés que le périnée des femmes est potentiellement en difficulté future et que c’est lui qui pose soucis, que c’est « de sa faute », qu’il est comme coupable de son anatomie, affaibli par la fente vaginale. C’est une charge inconsciente et une « culpabilisation » majeure, blessante et sournoise. Car notre corps est intelligent et « sait » tout, tout comme notre inconscient. Cette intégration de ce jugement par les femmes, intégration sournoise car non visible, modifie les comportements et la conscience de soi, de sa valeur, de son estime, de sa position familiale ou sociale, de sa place, etc.

Pour ce qui me concerne, et pour répondre à cette question, je mets souvent en exemple l’intelligence corporelle. Les mains, les pieds, les yeux par exemple sont des bijoux d’ingéniosité, sans parler des systèmes corporels évoqués plus avant. Il est facile et même évident de reconnaître cette belle intelligence de la physiologie et de l’anatomie. Imaginer que le périnée des femmes est faible serait comme si la nature si bien faite aurait oublié un détail dans le fond des culottes des femmes ! Eh bien non, la nature n’a rien laissé de côté et j’affirme que le périnée des femmes est fort, mobile, souple et en accord avec l’harmonie globale si nous acceptons de regarder la globalité et aussi, comment nous provoquons nous-mêmes par méconnaissance et inconscience ces nombreux désordres qui font souffrir trop de femmes. Je n’accuse personne et encore moins les femmes concernées, simplement j’écris, je publie, je participe à de nombreuses conférences pour apporter un autre point de vue, de la connaissance en physiologie et aussi du bon sens.

 

Pourquoi est-il si mal connu ?

Il est si mal connu ou si méconnu pour plusieurs raisons, selon moi. La première est sans doute qu’il est un espace intime, le lieu de la sexualité et du plaisir. Pendant des générations, silences, tabous, répressions et aussi violences ont laissé des traces dans l’inconscient individuel et collectif. Alors, aller chez le médecin pour ces questions de l’intime, là où la porte est fermée et l’interlocuteur tenu au secret professionnel, s’est organisé depuis des décennies. D’ailleurs, pendant tout un temps, je me demande où seraient aller les femmes en démarche de comprendre leur anatomie, leur cycle, leurs variations hormonales. De plus, rien n’existait dans les livres à part un pudique triangle blanc. Cela change progressivement heureusement. Mais c’est comme si les femmes, par manque de connaissance, par pudeur, par peur aussi, avaient remis leur pouvoir à la médecine, pratique qui traite la pathologie.

L’autre raison de cette méconnaissance est liée à l’histoire de la médecine, de la société telle qu’elle était organisée et qui tend à changer avec le temps qu’il lui est nécessaire et ses lourdeurs. Je ne vais pas entrer dans un débat féministe et accusateur ici, loin de moi cette volonté. Toutefois, la pratique de la médecine allopathique par le passé était tenue par des hommes qui reniaient toute pratique autre. Dans le même temps, les femmes de terrain, ces femmes illettrées la plupart du temps, étaient exterminées par centaines pour raisons de sorcellerie. Nous avons perdu les femmes « sachantes » (je veux dire par ce terme non savantes ou scientifiques), ces herboristes, femmes médecines ou autres accoucheuses qu’on allait voir autrefois pour des questions ou la fièvre, la contraception, l’enfantement, etc. La chasse aux sorcières a beaucoup pénalisé ce qui concerne l’intime des femmes. Il y a quelques siècles, l’anatomie a été vue, dessinée, expliquée, écrite par des hommes, par des regards d’hommes, car les femmes n’avaient pas accès à ces postes de responsabilité de soignants. Elles étaient infirmières par exemple ou en tout cas subalternes et ne participaient pas à ces recherches. Alors, j’aime imaginer que ces hommes des siècles passés ont fait de leur mieux mais que leurs observations n’ont pas été complètes. Nous l’avons constaté pour l’anatomie du clitoris tout récemment. Toutefois, une partie de moi, moins bisounours sans doute, ne peut s’empêcher de penser que, lorsque les femmes sont sous la coupe de la médecine concernant leur périnée, leur sexualité, leur accouchement (j’utilise ici volontairement ce terme), elles ne peuvent pas être dans leur puissance naturelle, dans leur instinctivité et à leur pleine place. Et c’est pour ces réajustements, pour cette justesse, que nous aurions à travailler ensemble, ceux qui soutiennent la physiologie, les spécialistes du corps en santé, et ceux qui soignent les pathologies, les spécialistes des maladies. Je crois sincèrement que ce serait dans l’intérêt de tous, les femmes d’abord, mais aussi pour tout le monde hommes et enfants compris. Je crois aussi que ce serait un pas de géant dans ce monde en changement.

Qu’en est-il du rôle du périnée dans la présence à soi, à l’autre, aux autres, au monde, à la nature ?

Le plancher pelvien est stratégique dans la posture, dans le lien aux articulations des hanches (stabilité et mobilité), de la colonne vertébrale (verticalisation), dans la mobilité du diaphragme (respiration), celle des mâchoires et langue (communication) etc.  Tous ces aspects sont reconnus comme éléments de la présence à soi, du silence intérieur, du lien aux autres, de l’implication juste dans le monde. Être dans sa base de façon souple, « respirante », consciente, nous positionne dans notre stabilité tranquille, dans notre axe, dans notre ancrage et bien sûr, notre aisance et notre calme. De plus, par le jeu de connexion entre les fascias, le cœur et le périnée communiquent et interagissent, se soutiennent, se régulent en cas de besoin. Cela favorise une harmonisation intérieure naturelle et un alignement avec nos valeurs et nos choix. Je crois que l’alignement entre la terre et le ciel passe par l’axe du chakra du cœur et aussi par le centre tendineux du périnée et le centre phrénique du diaphragme. Il s’agit selon moi d’une écologie intérieure qui favorise une relation saine au monde et à la nature.

Comment faire le tri entre nos croyances et la physiologie dont vous parlez ?

Ce que nous adoptons sans l’avoir ressenti personnellement, ce qui nous fait nous contraindre, ce qui nous met en exigence avec nous-mêmes et quand il y a « il faut » ou « il faut quand même bien » ou « je n’ai qu’à faire ci ou ça » est du registre des croyances et des grands « il faut, y’a qu’à », comme le dit ma formatrice en Expression Sensitive, Dominique Hautreux ; et à elle d’ajouter « dans le grand il faut, y a qu’à, il n’y a pas de plaisir ». C’est un point de repère qui signifie qu’il y a là un appel à observer, à se demander « à qui ou à quoi ai-je remis mon pouvoir ? », « qui ai-je cru avant de m’écouter moi-même ? », « quelle partie de moi se révolte ou se plie ? ».

La physiologie connaît des principes qui sont les mêmes dans tous les pays du monde, quelles que soient les conditions de vie, la culture, la médecine, les choix. Les principes sont des bases communes à toutes et échappent aux décisions ou règles. Nous obéissons à une règle car elle a été décidée. Les principes sont des fonctionnements physiologiques naturels sur lesquels nous n’avons pas de pouvoir (ou ne devrions pas avoir de pouvoir).

Je vous invite à explorer deux propositions

Je vous fais deux propositions à explorer pour vous-mêmes avant l’article du mois prochain sur PRESENCES MAGAZINE où je vous amènerai d’autres pistes de réflexions et d’autres propositions encore.

– Ma première proposition est d’écrire tout ce que vous savez pour sûr ou croyez savoir de votre plancher pelvien : la description d’un périnée qui va bien selon vous, ce qui est bon pour lui, ce qu’il faudrait faire pour qu’il soit au mieux de ce que vous pensez et aussi, comment vous avez eu connaissance de cela.

– la deuxième concerne les principes de la physiologie féminine. Quels sont-ils selon vous ? Lesquels connaissez-vous ? Avez-vous des doutes sur la différence entre règles et principes physiologiques ? Savez-vous identifier cette différence ?

Je vous invite à lister tous ces éléments, à écrire, à être honnête avec vous-mêmes, à vous autoriser à ne pas savoir.

Belles explorations.

À bientôt !

Le périnée féminin (1ère partie)

by Efféa Aguilera | Présences Magazine No 7 - Octobre 2019

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