1.
C’est l’heure de dormir. Je suis dans mon lit, je viens d’éteindre la lumière. Et là, je la sens vouloir monter à nouveau, cette angoisse récurrente terrifiante…
Elle n’a aucun lien avec la journée que j’ai passée. Bonne ou mauvaise journée, peu importe : dès que je suis couché et dans le noir, dans cet espace entre l’état de veille et le sommeil, elle me guette. Tapie dans l’ombre, prête à bondir et à me saisir pour me glacer d’effroi et me paniquer jusqu’au tréfonds.
Ce n’est pas l’impression d’une présence physique menaçante dans la pièce, et je n’ai pas non plus peur du noir… Non, c’est totalement intérieur. Je sens un malaise s’éveiller avec une teneur bien caractéristique. Je sais ce qui se passe si je lui ouvre la porte… :

« Je vais mourir un jour ! »

Cela me saisit alors totalement. Mon corps se glace, mon mental panique, s’agite et se débat pour survivre, mais il ne peut rien y faire, c’est inéluctable : Je vais mourir un jour ! Ce sera la fin de mon existence ! Je disparaîtrai !

« NOOONNN ! »

Comme le plus affreux de tous les cauchemars, sauf que ce n’est pas un cauchemar, ce sera bien un jour la réalité !
Je me rappelle encore aujourd’hui ce soir de mon enfance où, terrorisé par cette prise de conscience, je m’étais levé et avais dévalé les escaliers pour retrouver mes parents, en leur disant affolé « je ne veux pas mourir !». Ils avaient essayé de me tranquilliser comme ils pouvaient, me disant que ce n’était qu’un cauchemar…, donc sans m’apaiser sur le fond. Mais ce n’était pas un cauchemar au sens strict (je ne m’étais pas encore endormi), c’était une peur réelle. La peur de toutes les peurs. La peur universelle. D’autant plus irrépressible qu’elle est insoluble. La peur suprême.
Oui, un jour, je vais mourir…


Telle est pendant très longtemps l’expérience que j’ai dû vivre le soir, le saisissement funèbre que je devais réprimer… La terreur n’était pas systématique, parce que je me déconnectais d’elle : je me forçais à penser à autre chose et je rallumais la lumière si besoin ; mais elle était toujours là, sourde et sournoise. Elle est toujours là d’ailleurs, je l’ai encore sentie très légèrement l’autre soir, et c’est ainsi que cela m’a donné l’idée de vous en parler.
Oui, cette impression est toujours là aujourd’hui, mais « très loin »… Elle ne me gêne plus, elle ne me terrorise plus autant. Je suis toujours capable de la sentir avant de m’endormir si je le veux, mais je ne suis plus masochiste, donc je m’en passe très bien. Si je ne la fais pas venir à moi par un effort ou vouloir conscient, elle n’a plus assez de force par elle-même et d’atomes crochus avec moi pour pouvoir venir me tourmenter. Mais pendant des années, et même des décennies, elle m’a fait peur – j’avais peur ! Peur une fois couché qu’elle soit là à m’attendre, prête à me sauter dessus juste avant de m’endormir…

Beaucoup de traditions parlent du sommeil comme étant « la petite mort », du fait que dans le sommeil profond il n’y a en apparence plus de conscience de soi. Et ainsi, je connais des personnes qui ont peur du sommeil lui-même, peur de s’endormir. Ce n’est pas mon cas ; je n’ai jamais eu de problèmes de sommeil, au contraire. Le sommeil a toujours été pour moi un bonheur, et pendant très longtemps un refuge, une échappatoire (quand je dormais, je ne souffrais plus !). Mais il y a effectivement des similitudes entre la peur du sommeil et ma peur de la mort : une peur irrationnelle qui échappe à toute tentative de rassérénement… J’espère que ce texte pourra aussi aider ceux et celles parmi vous qui sont confrontés à cette « variante ».

Mais comment se libérer d’une peur de la mort puisque, oui, je mourrai bien un jour, c’est sûr et certain ?! Dois-je seulement me contenter de chasser cette idée de mon esprit toute ma vie ? Comment puis-je, à la base, accepter l’idée même de ma mort ? La mort est inévitable, pour moi, pour vous, pour tous !

Non ?

 

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Jérôme Lemonnier

Durant 30 ans de vie intérieure très tourmentée à partir de l'adolescence (dépression chronique, phases de désespoir extrême...), je n'ai eu de cesse de chercher des remèdes à mon mal-être, d'abord extérieurement, puis de plus en plus intérieurement ; d'explorer de plus en plus profondément ma souffrance, convaincu qu'il devait y avoir autre chose que cela, qu'elle ne pouvait être une fatalité... Au cours de ce long voyage intérieur, j'ai fini par enfin trouver la paix, puis ensuite la vraie joie ainsi que la force et l’équilibre inébranlables auxquels j'aspirais tant.

À 50 ans, je me suis senti poussé à écrire pour redonner ce que j'avais reçu, pour partager et témoigner de ce que j'avais appris spirituellement, sur moi-même, sur le fonctionnement du mental, sur les causes de la souffrance psychique et ce qui en libère. Sont nées Les Chroniques de l'Eclaireur (travail toujours en cours), avec le souhait que mon expérience vécue puisse maintenant aider autrui.

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