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La colère : une énergie recyclable

par | 7 Oct 2019 | Psychologie | 0 commentaires

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Pour cet article, j’ai choisi d’être politiquement incorrecte en abordant un thème incongru : la colère. En effet, dans notre civilisation formatée, aseptisée, convenue, la colère est mal vue. Comment des personnes, à l’apparence parfaitement adaptée et adaptable, peuvent tout à coup sortir des rangs et laisser voir et entendre cette intimité dérangeante ?

Car, ne vous y trompez pas : la colère ainsi exprimée dérange, inquiète, fait peur, déstabilise, remet en question, interroge. Pourquoi quand tout était si lisse, faire tant de vagues ? On pourrait croire que la colère est une émotion mal maîtrisée par un individu et donc une spécificité humaine limitée.  Car il est évident que personne ne revendique la colère comme étant sienne alors que l’altruisme, la compassion, sont des émotions nobles, elles !

Eh bien, pas du tout : la nature, les éléments connaissent aussi ces soubresauts aussi brusques qu’inquiétants. Les orages, le tonnerre, les volcans, les violentes tempêtes venteuses, la mer démontée, les tsunamis et autres raz-de-marée, sont là pour nous rappeler qu’autour de nous, en dehors de nous, la colère existe bel et bien et se manifeste avec autant de violence que celle qui vit en nous.

La colère est même mise en avant par les dieux de la mythologie. En Grèce, Némésis est à la fois un concept et une déesse de la « juste colère » et du châtiment céleste. Ovide dans ses « métamorphoses » évoque un récit complet de l’histoire du déluge dû à Zeus, exaspéré par les humains qu’il a créés. Thor et son marteau dans l’olympe scandinave reste un symbole de l’orage et de la colère. Ces récits impriment dans nos esprits-lecteurs cette manifestation qui ravage et fait place nette.

Qu’est-ce que la colère ?

Je vous propose de vous emmener à la rencontre de la colère, ou plutôt devrais-je dire des colères.

Une émotion, un ressenti qui prend sa source au cœur de notre toute petite enfance. Comment avons-nous été attendu, accueilli, nourri, éduqué, aimé ou laissé à nous-mêmes, abandonné ? Comment notre ressenti, en grandissant, nous a fait nous sentir en sécurité, pouvant exprimer nos besoins, ou laisser en friche côté sentiments ? De tout cela, notre personnalité va en faire une sorte de soupe que nous allons nous servir régulièrement à nous-mêmes durant toute notre vie.

La colère se nourrit de toutes ces imperfections, ces ressentis, parfois d’une réalité contestable et contestée certes, mais qui va entretenir un feu permanent, je dirais de ressentiment. Alors, pourquoi certaines personnes vont durant leur vie apprendre à gérer ces mouvements de colère, bien naturels au fond, sans débordement excessif ? Et pourquoi d’autres, partiront « en cacahuètes » à la moindre incitation ?

Tout d’abord, pourquoi qu’elle soit humaine, venant des Dieux ou de la nature, se manifeste-t-elle à tel ou tel moment ?

Le point commun de toutes ces colères est le point de frottement. À un instant T, l’ensemble de ces ressentis vont se rencontrer, se heurter, se chevaucher, fusionner et créer un espace particulier échappant à tout contrôle. Et voici, le point de départ des colères et non de la colère : la colère explosive et la colère corrosive.

La colère explosive : jaillissant de l’intérieur vers l’extérieur

Nous connaissons tous, et moi la première, les manifestations physiques de cette colère : le cœur qui monte dans les tours, le rouge du sang qui affleure votre peau, la logorrhée verbale et violente sans filtre, qui dit tout haut ce qui était retenu tout bas. Pour d’autres, cela va amener sur le devant de la scène une sœur de cœur de la colère : la violence physique. Pas très rassurant comme tableau, mais c’est ainsi.

En analysant, après cet épisode bruyant, on dit souvent que ce fut « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ». Un truc anodin, banal, pouvant paraître loin d’être conflictuel, et qui met le feu aux poudres. La thèse de la colère tapie en soi, qui attend son heure, son moment T, le choc des plaques tectoniques de notre vécu, est alors bel et bien démontrée.

Je me rends compte pour l’avoir vécu, des deux côtés, combien ce type de colère peut être violent et objet de peur pour celui qui y fait face, qu’il soit ou non, à l’origine de l’embrasement. Je sais aussi combien l’apaisement de celui qui l’initie est illusoire. Il y a là des remords, de la honte, d’avoir laissé son dragon intérieur prendre le contrôle d’une part obscure de soi pour l’amener à la lumière.

La colère explosive peut-elle être contrôlée ?

Au moment T, absolument pas. Contrôle-t-on un volcan qui se réveille ou un raz-de-marée qui se répand ? Il est trop tard. Par contre, en amont, la réponse est OUI. Comment ? Tout d’abord, par la reconnaissance. Tout est là, reconnaître ce qui est en soi, connaître ses blessures, ses failles. Et les AIMER pour pouvoir les guérir. Vous avez bien lu, c’est parce que nous aurons reconnu nos failles, que nous éviterons de prendre les armes systématiquement pour combattre ceux qui les approchent de trop près. Aimer ce qui fait notre spécificité : notre sensibilité, notre orgueil, notre manque d’amour ou son trop-plein, reconnaître nos manques sans les attribuer aux autres, à l’autre. Les amener à la lumière de notre compassion permet de sous-tirer du jus à cette soupe qui marine en nous depuis le début de notre vécu. En éclaircissant notre vécu, les choses s’écrêtent peu à peu, voire s’apaisent. Nous ne perdons rien, nous gagnons en sagesse, en connaissance de nous-mêmes et nous pouvons utiliser notre énergie vitale pour mener à bien des projets ou découvrir d’autres facettes de nous-mêmes ou du monde qui nous entoure.

Pour la colère explosive, l’énergie recyclable peut être considérable et nous faire gagner des années de vie physique en meilleure santé, en étant plus serein, plus attentif, sans rien perdre de notre propre moi.

Je vous propose un tout autre voyage au cœur d’une autre sorte de colère : pas facile, facile et beaucoup plus pernicieuse.

La colère corrosive : Un acide qui ronge au long cours

Comme sa fausse sœur jumelle, la colère corrosive prend sa source au même endroit et se nourrit des mêmes éléments. Sa différence est que cette soupe qui marine au fond de notre personnalité va y faire son nid. Au fur et à mesure du temps, elle va se répandre à l’intérieur de nous. Toutes les parties qui nous constituent en tant qu’humain vont être impactées : physique, psychologique, psychique et spirituelle. Elle va nous détruire aussi sûrement que la rouille viendra à bout du fer, quel que soit le temps nécessaire.

Pourquoi cette colère intérieure devient un acide d’une violence mortelle ?

Encore une fois, tournons-nous vers la toute petite enfance. Un enfant qui se sent rejeté, abandonné, même si la vérité est à nuancer (parents débordés, travaillant tard, épuisés, fatigués, etc…), est un futur adulte à risque de colère corrosive. En effet, ses attentes ne sont pas prises en compte, quand il s’exprime, (s’il le fait !), ce n’est jamais le « bon moment ». Il se sent alors mis sur la touche au mieux, et au pire complètement abandonné. Mais cet enfant devient un « chercheur d’amour », il fera tout pour que l’autre porte attention à lui. Certains vont faire toutes les bêtises possibles et imaginables pour se faire remarquer et donc obtenir l’attention qu’ils attendent.

D’autres, par contre, vont se la jouer « profil bas » et faire en sorte de ne pas déranger la cellule familiale. Ils vont se fondre littéralement dans la masse pour pouvoir se sentir en faire partie. Vous l’aurez compris, en muselant sa propre personnalité qui ne demande qu’à émerger, ils vont apporter à leur propre soupe un ingrédient particulier : « la frustration ». Petit à petit, ce qui était eux va rester souterrain, enfoui mais va se déliter au fil du temps.

D’un point de vue physique, des maux divers et variés vont se manifester pour lancer l’alerte. Douleurs aux épaules, dans le dos (en avoir plein le dos correspond bien à cette manifestation), problèmes d’intestins (notre second cerveau), qui essaie d’attirer l’attention, difficulté de plier les articulations et notamment les genoux, (mettre genou à terre, c’est renouer avec l’humilité par rapport à une situation donnée), la sphère du corps est impactée durablement.

D’un point de vue psychologique, la personne a des problèmes avec la confiance, celle qu’elle donne bien sûr mais surtout celle qu’elle se donne. Comment avoir confiance en soi quand l’on se ronge de l’intérieur ? Comment aimer lorsque l’on ne s’estime pas aimable ? Le domaine des sentiments reçus ou partagés est endommagé durablement.

D’un point de vue psychique, deux schémas : les autres sont des idiots ou bien je suis un idiot. Les autres, en cas de colère corrosive, sont les ennemis. Ceux qui n’ont rien compris dans l’enfance, qui ont fait passer leur vie avant la sienne, qui n’ont pas entendu ses demandes ou porter attention à ses besoins. L’autre versant est « je suis la victime » et je me drape dans mon bon droit, ne laissant personne m’approcher de trop près : je suis à la fois inatteignable et muré dans la solitude. Là encore, la colère corrosive a endommagé les liens à l’autre et à soi-même, comme si des synapses avait été brûlées, détruites. 

D’un point de vue spirituel, c’est encore plus évident : la colère corrosive va servir de base arrière aux martyrs de tous poils. Toutes les connexions de gratitude, de joie de vivre, dans ce monde humain et spirituel à la fois, vont être détruites. Que restera-t-il alors pour sublimer ce que l’on est ? Une seule voie : la vengeance qui détruit le quotidien de l’autre.

Sombre tableau de cette version de la colère, plus d’espoir vraiment ?

Mais c’est lorsque la nuit est la plus noire que l’aube approche…

 Sortir de la colère corrosive, va faire intervenir un élément extérieur, petit ou grand, peu importe.

 C’est le grain de sable qui va stopper la spirale néfaste et permettre une vraie prise de conscience.

Mais ce qui est porteur d’espoir dans la vie humaine, c’est que ce grain de sable n’a pas besoin de s’attaquer à la totalité de la « soupe corrosive » de la colère, il lui suffit d’entrer en contact avec un des éléments de cette soupe : physique, psychologique, psychique ou spirituel…Le reste va suivre. Un peu comme la cinquante et unième personne fera basculer une décision et non pas la centième.

Je vous invite à m’accompagner pour une plongée en apnée. Imaginons que notre humain de référence, après une énième consultation médicale infructueuse, décide de remettre sa pratique sportive ou non sportive en cause, et de tester une activité physique, à la fois douce et profonde, comme le yoga. Difficile au début à cause des raideurs, des douleurs, mais invité par le professeur à ne jamais forcer, à s’entourer de coussins, pour la réalisation des différents exercices, à sentir son corps lâcher en douceur, quelque chose se met à l’œuvre là, presque à l’insu de lui-même. Le temps passe et le yoga devient un rendez-vous attendu et, petit à petit, une sorte de douceur s’installe. Quelque chose qui est d’un domaine physique bien sûr. D’ailleurs, les coussins qui le calaient de partout pour les exercices disparaissent peu à peu, la fluidité s’installe, la relaxation mérite son nom.

Quelque part, dans les autres parties de l’humain, cela bouge aussi. En effet, il n’y a pas d’étanchéité entre les différentes sphères qui composent le vivant. En œuvrant sur l’une d’elles, la structure des autres va changer forcément. Pour notre humain de référence, ce peut être considérer l’autre comme un autre lui-même, ce peut être se décider à prendre rendez-vous avec un psychologue pour démêler sa pelote de vie, ce peut être comprendre enfin qu’il peut s’aimer sans se détruire.

L’énergie recyclable de la colère corrosive, quand elle est confrontée au « grain de sable », est phénoménale. C’est véritablement une deuxième naissance. En effet, vous imaginez bien que tous ces circuits endommagés par cet acide n’ont fourni finalement que peu d’énergie créatrice.

On sait aujourd’hui, que le corps humain qui a des nerfs endommagés, va créer un autre schéma de circulation pour pallier cette carence. Pour la colère corrosive, c’est exactement la même chose : certaines routes restent fermées ou impraticables à cause de cette colère, mais d’autres vont s’ouvrir, permettant des échanges plus apaisés, des rencontres entre soi et soi ou entre soi et les autres.

Nous voici arrivés au bout de ce chemin tortueux, certes, mais riche sur les colères. Je vous invite à reconnaître la vôtre, celle qui fait de vous ce que vous êtes, avec peut-être des nuances, des à peu-près, ou même de vraies découvertes. Personnellement, j’ai expérimenté sans vraiment le savoir les deux colères, (si, si je vous assure) la colère explosive est sortie de moi un jour, exhumant avec elle un souvenir d’enfance violent et totalement occulté (un canon de fusil pointé sur ma gorge). La colère corrosive est encore à l’œuvre parfois en moi. Je sais la reconnaître aujourd’hui, et rebrousser chemin sur ses sentes sans issue pour retrouver mon chemin de vie qui se trace jour après jour.

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