Quand j’ai su que le thème de février était l’amour, je me suis sentie toute intimidée par ce si vaste, si noble et si complexe thème. S’il est un sujet qui mobilise en effet nombre fantasmes, rêves, chagrins, c’est bien lui. Il y aurait beaucoup à dire. L’amour, on en rêve tous, on court tous après, on se bat pour, on en meurt parfois. Et sans doute, la plupart d’entre nous en avons exploré mille pistes et fausses-pistes…

Alors, comment être à la hauteur de la tâche, par quel bout prendre ce si mystérieux sujet ?

Quelle facette particulière choisir d’éclairer, de la passion dévastatrice au cheminement spirituel ?

Ainsi, voilà ce qu’il m’est venu de partager avec vous : le chemin austère et passionnant qui mène du désert aride de la détestation de soi, au jardin intérieur. Le jardin de l’âme ensemencé, irrigué par l’eau féconde de l’amour. En quelque sorte un article qui s’inscrit dans la continuité de celui sur le pardon et le processus de guérison psychique, dans la revue Présences de décembre 2021.

Je vais donc vous parler de cette détestation de soi que j’ai bien connue, qui couve comme un feu dévorant, sous la cendre de nos vies. On peut vivre si longtemps sans le connaitre, ni reconnaitre ses effets dévastateurs, car regarder droit dans les yeux l’étendue du désamour de soi cause une intense détresse.

Toucher à l’étendue de la haine de soi-même, donne le vertige…

Souvent j’ai sous-estimé l’ampleur du reniement et de la trahison de moi-même, l’amplitude du désamour de moi. L’envergure de cette dévalorisation, de cette auto-condamnation latente et sourde, qui peut si aisément se dissimuler sous de belles images fabriquées de toutes pièces et avantageusement affichées à l’extérieur. Toutes ces images enjolivées qui ne servent en réalité qu’à camoufler une réalité honteuse et douloureuse : un sentiment de ma valeur ou de ma légitimité, fragile voire nul.

En tout cas, c’est bien souvent la conclusion à laquelle enfant, nous sommes parvenus. « Car pour obtenir ou conserver l’amour, la reconnaissance de ceux qui comptaient pour moi, ou plus simplement pour avoir la paix, au prix d’immenses efforts, je me suis adapté, conformé, contorsionné, rétracté. J’ai appris qu’il était préférable de me déguiser, de me falsifier pour être digne d’intérêt, et j’ai policé mes aspérités, aplani mon relief, caché mes angles » *.

Qu’ai-je ainsi tant haï, condamné ?  Qu’avons-nous dû cacher, retrancher ou exacerber ? Notre dimension rêveuse, lunaire ? Un côté frondeur, rebelle ? Une intelligence trop aigüe ? Une mélancolie dépressive ? Un tempérament bouillonnant, passionnel et torturé ? Une absence d’ambition ? Une trop grande crédulité ? Un aspect de notre personnalité sec et cassant ?

Ainsi, à des degrés divers, nous avons été confrontés à un terrible dilemme, soit : je me différencie au prix de perdre l’amour, soit je garde l’amour au prix de ne pas exister tel que je suis.

Et dans cette marche forcée pour être accepté, j’ai souvent renoncé à moi-même.

Perdre la foi en soi est une chose terrible. Nous perdons nos fondations, nos racines, nos ailes, la beauté de ce que nous sommes, la beauté de notre petite personne avec toutes ses imperfections et anomalies. Mais aussi la beauté de notre Nature profonde, de notre Nature Divine.

Néanmoins, une chose va me sauver, même s’il s’agit parfois de simples miettes. Ce qui va m’aider à m’extraire pas à pas de cette mélasse noire emprisonnant ma vie dans la grisaille, c’est l’amour.

Car Dieu merci ! Il y a toujours autour de nous, quel que soit notre calvaire, quelqu’un qui posera un regard aimant sur ce que nous sommes dans notre vérité, avec nos creux et nos bosses. Quelqu’un qui aura un geste, une parole qui nous aidera à nous redresser, à relever la tête comme un roi couronné, assumant avec fierté cette noblesse interdite, enfin retrouvée. Une personne qui déposera un souffle d’amour sur ces braises intérieures froides et nous fera renaitre de nos cendres. Nous regoûterons à la beauté de notre âme…

Nous prendrons ainsi appui sur ces premiers piliers extérieurs qui nous aideront à reconstituer nos propres fondations, jusqu’au moment où nous sentirons la nécessité d’une autre étape : celle de cultiver et d’embellir notre propre jardin intérieur.

Ce jardin dont j’ignorais jusque-là l’existence, que je découvre à l’abandon, plein de ronces, je vais m’y hasarder et sans doute y pleurer, devant la désolation du spectacle. Mais une eau vive en moi, nourrie par tous ces petits ruisseaux extérieurs va soudainement se rassembler en une onde, une source intérieure. Parfois il ne s’agit que d’un petit filet d’eau au fond d’un puits, parfois d’un torrent impétueux, parfois d’un grand lac endormi. Mais l’Eau de vie, l’Eau d’amour, cette Eau qui ne m’appartient pas, qui me traverse et ruisselle en moi va faire son office. Et moi, un peu timidement puis avec de plus en plus de détermination et de joie, je vais accomplir mon œuvre de jardinier.

Je vais enlever les ronces et les mauvaises herbes, labourer la terre, semer, chérir et patienter confiant, devant la lente transformation de mes terres intérieures. J’aurai apaisé mon chagrin et ma colère, laver avec tendresse mes plaies, mis de la paix et de l’ordre dans ma vie et mes relations. J’aurai des ampoules aux mains mais un sourire aux lèvres, c’est certain ! 

Et sans doute que ma première action dans ce cheminement vers l’amour de moi, aura été de rêver ce jardin…
Est-il un jardin plutôt petit et intime, bien verdoyant et émaillé de fleurs délicates et odorantes ?Ou encore un jardin luxuriant et exotique en bordure de mer ?

M’est-il familier, mystérieux ? Probablement un peu des deux…

Ce jardin deviendra mon abri, mon refuge, mon sanctuaire.

Le lieu où je me déposerai totalement, ouvrant mon cœur au murmure des étoiles.

C’est de là, de ce lieu secret et silencieux, que je plongerai au plus profond de mon âme.

Et puis un jour, quand je croiserai un inconnu et lirai dans son regard le désespoir qui l’habite, tout naturellement, je le regarderai d’âme à âme et lui insufflerai ce message de la vie :
Va vers ton jardin intérieur…

Crédit photo : Pixabay

Eve Bertelle

Psychanalyste et philosophe de cœur 🦋. Auteure de « Le Bonheur d’aller vers Soi » Édition Dervy -Trédaniel.

Depuis de nombreuses années, mue par une quête plus forte que moi, j’ai arpenté plusieurs voies pour en extraire l’élixir de la connaissance intérieure : le yoga et les spiritualités orientales, la philosophie grecque antique, l’alchimie, la psychologie jungienne des profondeurs, le chamanisme. Jusqu’à ce qu’un jour, elles se fondent en une seule : la Voie du cœur.
Aujourd’hui, j’ai la joie de partager et de transmettre avec d’autres mes découvertes et les enseignements que la vie m’a offert, à travers mes écrits, ou dans le cadre de groupes que j’accompagne sur cette Voie.

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