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Marion DorvalDifférents et semblables

Je voulais vous dire que chaque voix compte. Quelle que soit notre histoire, nous pouvons la porter à notre façon dans le monde pour reconstruire ce sentiment vital d’appartenance.

 Les mots sont toute ma vie. Il est facile de se réfugier derrière eux pour cacher qui l’on est vraiment. Aussi, je remercie les auteurs qui ont dernièrement partagé des expériences très personnelles. Cela sonne pour moi comme une invitation à délivrer ici un peu de ce que je partage ailleurs, dans ma lettre « Les mots doux et puissants » et sur ma chaîne YouTube. C’est aussi un bon rappel de l’essence de ce magazine : un lieu d’échanges de parcours de vie uniques et pourtant si résonnants…

J’espère que vous pourrez transposer mon message dans votre propre vécu pour vous sentir fier d’être vous.

Quand on travaille comme auteur, les mots imbibent toute notre vie. Et toute notre vie imbibe nos mots. Je reçois depuis longtemps des retours de lecteurs, clients, abonnés, me disant que j’ai les mots justes.

Pour en arriver là, je n’ai rien fait de spécial sinon écrire à partir de moi. Laissez-moi juste vous raconter comment mon parcours de vie s’est construit autour et par les mots, mais pas seulement. La façon dont nous sommes amenés à nous révéler dans notre plein potentiel est toujours guidée par une blessure profonde. Ces cicatrices que nous portons sont autant d’opportunités de résilience. Partager nos histoires si vulnérables, prendre la responsabilité de s’approprier nos vécus, c’est rendre justice et soin à l’enfant que nous sommes toujours. À mon sens cela fait partie d’une spiritualité incarnée. C’est ainsi qu’on touche les autres, c’est ainsi qu’on est touché à notre tour. Et c’est ainsi qu’on s’autorise les uns les autres à libérer nos voix.es pour enfin être. Et grandir…

Il y a d’abord eu les mots que les autres employaient pour me qualifier depuis l’enfance : petite, timide, intello, « celle qui ne parle pas »… (à partir de là, je vous invite à remplacer les mots relatifs à mon vécu par les vôtres)

Puis il y a eu les mots que j’ai cherchés de moi-même, parce que les premiers me semblaient éloignés de ma nature profonde,  passionnée et rebelle. Le sentiment de ne pas être reconnu pour qui l’on est, engendre un véritable désarroi quand on n’a pas de modèle autour de soi à qui s’identifier. Nous sentons un voile qui nous sépare des autres mais il est impossible de s’en défaire pour apparaître dans notre vérité. J’ai donc tenté de trouver qui j’étais à partir de mes « problématiques ». Il en est ressorti successivement, au fil d’un parcours s’étalant sur des années : phobie sociale, haut potentiel intellectuel, autisme (et vous, avez-vous cherché des réponses, diagnostics, étiquettes pour vous aider à savoir qui vous êtes ?)

Ce sont là juste des mots. Ce sont juste quelques mots parmi tant d’autres qui pourraient me qualifier (tout comme vous-même pouvez-vous décrire à l’aide d’une liste infinie de mots car vous êtes bien plus que ce que vous croyez). Je les partage car je les assume pleinement après bientôt quinze ans à échanger sur internet à ce propos, à témoigner de mon vécu d’abord dans l’anonymat puis publiquement puisque que je n’ai plus honte et que ma démarche professionnelle s’est entièrement construite à partir de mon vécu personnel. Ces mots portent des visions fragmentées de mes multiples identités (Quels sont les mots que vous assumez pleinement pour vous définir ? Et quels sont ceux que vous rêvez qu’on dise à propos de vous ?). Pour moi l’essentiel aujourd’hui est de ne plus me définir mais de m’autoriser à être pour ne plus souffrir des cases enfermantes créées par les autres ou moi-même. L’hybridation dans mon travail artistique illustre bien le fait que je me sente aux intersections. C’est à la fois joyeux et inconfortable : cela me permet de rester (r)éveillée car sensible aux réalités multiples vécues par les autres. De m’engager auprès de voix dites différentes et discriminées.

La douleur de se sentir séparé des autres est indicible mais physiquement palpable. Le sentiment de rejet, d’invisibilité, de se sentir semblable en apparence mais différent au fond de soi, est parfois insoutenable. C’est à cause ou plutôt grâce à cela que j’ai constamment cherché l’harmonie entre moi et le monde pour réparer cette faille. C’est comme ça qu’à l’aube de ma majorité, la découverte du bouddhisme a constitué une de mes voies de résilience, un repère fiable et libérateur orienté vers la non dualité. Tomber l’ego, non je n’y suis pas encore arrivée évidemment ! Mon idéal demeure de réunifier tout ce qui est possible et ironie logique de l’histoire, je tends désormais à rejeter tout ce qui est synonyme de séparation, de discrimination.

Les étiquettes que nous nous attribuons nous-mêmes sont importantes quand nous sommes en quête d’identification et de rapprochement des autres. (peut-être êtes-vous dans cette quête en ce moment, et il est bon de chercher des pairs quand on s’est senti si longtemps isolé - alors respectez votre besoin de comprendre, de vous identifier pour un temps). Pour moi, ces étiquettes ne doivent pas servir à se complaire dans un entre-soi fermé. Au contraire, elles doivent être dépassées pour rejoindre l’unité et reconnaître avec le cœur les autres singularités. Dans une conférence sur l’hypersensibilité que j’ai donnée il y a deux ans, j’ai vivement encouragé les participants à faire de leur sensibilité une porte d’ouverture sur le monde, de reliance aux autres. C’est tout un chemin que de passer d’une singularité assumée à un sentiment universel d’appartenance. « Voici comme je suis, je me reconnais ainsi. Et sans être à ta place je sais que toi aussi tu te reconnais d’une façon unique. Si tu me racontes comment tu te vis, nous nous découvrirons sûrement des points communs, au-delà des apparences qui nous séparent ».

Nous sommes tous amenés à rejoindre l’unité. En dehors de toute considération idéologique, nous sentons intimement comme nous avons tout autant besoin de nous sentir reconnus pour qui nous sommes, que de nous fondre sans distinction dans le monde afin d’œuvrer pour le bien commun à partir de notre individualité. Oublier qui nous sommes, tout en le ressentant profondément. Au point de ne plus avoir besoin de s’y attacher. Mais avant cela, encore faut-il s’autoriser à vivre pleinement son histoire, savoir d’où nous venons, partager ce que nous pouvons de notre intime, avec ou sans les mots. Incarner. Sans les histoires des autres nous ne pouvons nous sentir humains. Le monde a besoin d’entendre plus d’histoires singulières, de celles qu’on croit être seul à vivre parce qu’elles ne sont nulle part, ni dans les chansons ni dans les livres. J’écris les mots que j’aurais eu besoin de lire étant petite, puis adulte, pour ne pas avoir honte ni de ce que je suis ni de ce que je vis, pour m’inspirer et me redonner l’élan d’aller vers ma liberté. Pour pouvoir me dire : « Quelque part dans ce monde, quelqu’un d’autre a vécu ce que je pensais être seule à vivre et ressentir. Et mieux encore, quelqu’un a réussi à faire de tout ça un espace de liberté ! »

 Ce n’est pas facile de trouver comment vivre son histoire. Y compris si comme moi, vous êtes constitué de mille facettes contradictoires aux yeux des autres - appartenances multiples, parcours professionnel non linéaire, choix de vie peu communs.  

Les mots sont toute ma vie mais ils nourrissent trop le mental si je m’y complais. Être c’est avant tout habiter son corps, sa voix, prendre place. De façon douce et puissante, bien au-delà de la surface des mots.

La pratique de la voix telle que je l’expérimente et la transmets, est ce qui m’aide dans mon corps à réunifier et apaiser toutes les parts de moi. Celles que j’ai tues ou cachées trop longtemps, celles qui peuvent être sous contrôle, inhibées, pour ne pas  paraître « trop » ceci ou cela (Comment faites-vous pour vous sentir réunifié ?).L’expérience de la réunification par la voix, par de simples sons, est pour moi la façon la plus joyeuse, simple, puissante, de vivre, sans plus me poser de question sur qui je suis ou ce que je devrais être. Nous sommes alors au-delà des interprétations et des charges émotionnelles des mots : nous vivons l’unité dans la vibration des sons purs, dénués d’intention. Me relier à ma voix est donc pour moi la voie que j’ai adoptée pour ne plus me sentir écartelée entre toutes mes facettes, et pour ne plus me sentir séparée du monde. Sentir que j’incarne mon histoire et crée ma vie au sens propre, d’une façon unique. C’est là que je puise la force d’écrire. (Avez-vous déjà imaginé sublimer votre vécu sans avoir à tout dire, tout détailler, juste par le son de votre voix ?)                                  

S’il n’y avait pas cette pratique de chaque jour, en corps, en voix, mes mots ne me nourriraient plus et ne résonneraient plus chez les autres. Ils finiraient par s’éteindre, par devenir insipides. Mon travail de création poétique est toujours relancé par l’expérience vocale, spontanée, joyeuse, terriblement vivante, l’air et le feu à la fois. (Quelles parts de votre histoire votre voix a-t-elle envie de dé-voix-ler, en mots ou par la simple transmission de l’émotion du son ?)

La pratique que j’ai créée autour du corps, des mots et de la voix s’appelle Mémovoix pour cette raison : nos mots alimentent notre voix chantée via notre corps, notre expérience de la voix alimente nos mots, ceux que l’on écrit et ceux que l’on prononce. C’est une pratique qui accueille chacun et chacune sans distinction, parce qu’évidemment j’ai à cœur d’en faire un creuset de réunification en soi mais aussi avec les autres.

Dans cette période bouleversante que nous traversons, il est pour moi indispensable de reprendre conscience de ce qui nous réunit. Et vivre ces espace-temps d’union à soi et au Tout nous ramène à la maison, dans notre voix, le berceau de l’expression de notre nature profonde. Chaque fois, ouvrir la porte de sa voix c’est comme renaître à soi, refaire le chemin de réveiller le corps et sortir le premier son. Vibrer de se sentir vivant, semblable et différent, différent et semblable.

Voilà mon histoire. Chaque voix compte, votre histoire aussi.

Crédit photo : Pixabay


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Marion Dorval

Je m’appelle Marion, je suis une artiste-auteure hybride qui n’aime pas trop se définir….

J’aime dire que j’habille les mots et danse les sons, grâce à la poésie, au chant et aux tissus.

Après un parcours professionnel jalonné de plusieurs reconversions, je suis finalement retournée à ce qui me passionne depuis toute petite : le langage - sous toutes ses formes: voix parlée, chantée, écrite, mouvements et gestes. C’est ainsi que j’ai créé Mémovoix. C’est une approche holistique et créatrice et c’est aussi mon chemin, pour libérer sa voix.e et oser être soi. Une pratique vivante et évolutive, à travers laquelle nous pouvons créer un pont harmonieux entre notre monde intérieur et celui des autres, grâce à cet incroyable canal qu’est la voix. Ce qui m’anime est l’exploration joyeuse du sensible pour nous relier à nous-mêmes et donc aux autres, l’expression libre et consciente de notre singularité pour nous sentir unifiés et connectés au Tout.

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