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Je vais parler d’une femme, d’une immense amoureuse.

Cette femme, d’origine aristocratique, avait vécu dans le luxe et l’opulence une grande partie de sa vie.
Femme incroyable, forte, elle avait la prestance et l’aplomb de ceux qui n’ont plus peur. Un grand charisme doublé de son imposante stature lui valait un respect immédiat et sans borne de ses semblables de tout sexe.
Arrivée fin des années 20 avec sa fille, fuyant son pays en guerre, elle s’était installée dans la capitale comme dans un écrin pour la princesse qu’elle était.
Elle arrivait en France, donnant rendez-vous à Paris comme si l’évidence de se retrouver au premier croisement effaçait toute naïveté.
La guerre en Russie, l’exode, les avait jetées là sur les routes, et avec un courage sans pareil, elle avait commencé le voyage forcé. Pas question de voyager en famille, pour éviter de se faire prendre. Alors, pour multiplier les chances, les femmes et les hommes avaient choisi des itinéraires différents. Elle avait donc pris la route du Moyen Orient avec sa fille, entamant un périple long pendant lequel elle payait avec ses bijoux.
Arrivée en Terre d’asile, le seul but était de retrouver les siens, d’avoir par tous les moyens de leurs nouvelles.
Pendant longtemps elle est venue, cherchant sans cesse un nom sur les listes de La Croix Rouge, celui de son aimé.
Toutes les semaines, elle allait à l’église chercher dans ces listes l’espoir. Elle parlait le français mais ne le lisait pas, se faisant traduire la liste jusqu’au dernier nom, le cœur impatient.
Cela a duré longtemps, mais jamais son espérance, et sa foi de retrouver son amour n’ont faillit.

Après des mois de recherche, elle fut récompensée une première fois en voyant ce nom qu’elle savait maintenant lire en Français.
Malheureusement, à l’arrivée du bateau, il n’était pas là. Certains passagers réfugiés étant tombés en mer, elle crut au décès de son amour.
Elle organisa donc les funérailles, priant pour le repos de l’âme de son bien aimé.

Malgré tout, espérant toujours, elle continuait de parcourir les listes de La Croix Rouge avec la conviction que ce n’était pas possible, avec la certitude que leur histoire ne pouvait pas s’arrêter là.
Les temps troubles de ces années, où la lenteur administrative et la mise à jour de ces listes était aléatoire, mettaient les âmes et les liens à rude épreuve.

 

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Igor Ochmiansky

Redonner à l'humain la priorité, révéler le meilleur, ouvrir la fenêtre de l'imaginaire, pour que le sensible ne soit pas que du beau, offrir les images du coeur.

C'est autant d'envies qui font de mon travail, une passion, longtemps enfermé dans la pratique voici que l'envie de l'esthétique ouvre sur d'autres façons de travailler et de voir dans le regard des autres.

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