Quand on parle du pardon, la première idée qui nous vient est souvent «comment pardonner ?». Ne serait-ce que dans ce numéro de Présences magazine, tous les précédents articles abordent le sujet du pardon au sens de «donner son pardon».

Pourtant, nous pourrions aussi nous interroger sur comment demander pardon. Pourquoi n’est-ce pas la première chose à laquelle on pense quand on aborde le thème du pardon ?

Est-ce si difficile de demander pardon ? Quelle part de nous engageons-nous dans cet acte ?

Si pour pardonner une personne, il est nécessaire de rentrer en empathie pour essayer de comprendre son comportement ou ses paroles, nous devons aussi nous mettre à la place de l’autre pour comprendre que nous l’avons blessé(e).

Chaque individu voit le monde différemment, selon ses croyances, ses valeurs, son vécu. Une situation unique ne sera pas ressentie à 100% de la même façon par tous ses acteurs ou spectateurs. Aussi, vous pourriez dire ou faire quelque chose qui vous semble anodin, mais qui ne le serait pas du tout pour votre interlocuteur.

La première chose à faire est donc de prendre conscience que nos paroles ou notre comportement a pu heurter l’autre personne.

Ensuite, vient la notion de responsabilité, dont j’ai déjà parlé dans le précédent numéro de novembre. Reconnaître que nous sommes 100% responsable de nos actes et paroles.

Quelqu’un vous a mis en colère et vous êtes monté(e) dans les tours en prononçant des paroles fort blessantes ? Ce n’est pas de votre faute si on vous pousse à bout ? Vraiment ? Bien sûr, vous n’êtes pas responsable de l’évènement. Par contre, vous êtes pleinement responsable de votre réponse. À aucun moment vous n’êtes obligé(e) de répondre violemment.

Dans le cas d’une dispute, vous pourriez très bien suggérer à l’autre d’arrêter la conversation et de reprendre plus tard quand chacun sera calmé et que vous ne serez plus sous l’emprise de la colère. Il faut donc mettre son ego de côté et abandonner l’idée que l’on doit prouver qu’on a raison.

Pas facile, et pourtant tellement salvateur. Une fois la colère retombée, il vous est plus facile de prendre de la hauteur pour prendre en compte les deux façons de voir les choses et comprendre quelles sont les vraies attentes de chacun.

Car là se situe peut-être le problème : chaque interlocuteur n’a peut-être tout simplement pas les mêmes attentes, et celles-ci n’ayant pas été exprimées précisément, l’incompréhension apparaît et le conflit survient.

Là encore, nous pouvons prendre notre part de responsabilité : avons-nous exprimé nos véritables attentes / besoins ? Avons-nous demandé à l’autre les sien(nes) ?

Dans d’autres cas plus graves, nous avons pu blesser volontairement quelqu’un. Par rancœur ou par amour. Si c’est par rancœur, jalousie, vengeance… on peut peut-être là encore nous demander ce qui nous dérangeait dans l’attitude de l’autre. Souvent, l’autre est un miroir et nous détestons chez lui la partie que nous ne voulons pas voir chez nous. Plutôt que de travailler sur nous, nous préférons attaquer cette partie chez l’autre.

Si on a le courage de regarder en face nos propres travers, d’être réellement sincère envers nous-même pour reconnaître ce qu’on n’aime pas chez nous, on peut envisager de voir la situation différemment. Et si cette personne qu’on voulait blesser était en fait sur notre chemin pour nous montrer ce que nous avons à guérir chez nous ? Changement de perspective qui peut nous amener plus facilement à demander pardon pour nos actes…
Et puis parfois, on agit mal par amour. Difficile à croire n’est-ce pas ? Voici donc une petite histoire pour illustrer ce propos.

Mon formateur en coaching Max Piccini a vécu une enfance difficile : son père alcoolique le battait lui et ses frères et sœur tous les jours, le traitait de tous les noms et le rabaissait dès qu’il le pouvait. À sa mort, Max voulut comprendre pourquoi son père avait été si violent, et demanda à sa mère quelle enfance avait eu son père, car il ne voulait jamais en parler.

Sa mère lui révéla alors l’enfance difficile de son père, son placement à 6 ans dans un internat où il était frappé à chaque fois qu’il mettait plus de dix secondes pour uriner. Plus grand, il avait juré qu’il ne frapperait jamais ses enfants… Et c’est pourtant ce qu’il fit, reproduisant malgré lui le seul schéma qu’il connaissait. Il tenait absolument que ses enfants réussissent dans la vie, qu’ils aient une bien meilleure vie que lui… C’était sa façon de les aimer. Comme le dit Max aujourd’hui, son père a fait du mieux qu’il pouvait… Et il lui a pardonné.

Si vous pensez avoir commis beaucoup de mal ou de tord à vos enfants ou une personne qui vous est chère, je vous invite à tenter de comprendre ce qui vous a poussé à agir dans ce sens. Il ne s’agit pas là de trouver des excuses, mais bien de comprendre ce qui vous a amené là.

Agissiez-vous par peur de quelque chose ? Peur de ne pas faire au mieux ? Peur de ne pas être aimé ? Peur de rater quelque chose si vous faisiez autrement ?

Peut-être aujourd’hui ressentez-vous de la culpabilité, voire de la honte. Peut-être avez-vous peur d’être rejeté(e) si vous demandez pardon. Peut-être n’avez-vous pas envie de remuer le couteau dans la plaie maintenant que les choses vont mieux.

Mais combien vous coûte cette culpabilité ? Cette honte ? Êtes-vous rongé(e) de l’intérieur ? Triste ? Déprimé(e) ? Malade peut-être ?

Imaginez comment pourrait se dérouler la scène du pardon de manière idéale. Quelle personne ? Quel lieu ? Quel moment ? Quelles paroles ? Prendrez-vous la personne dans vos bras ? Y aura-t-il des pleurs de libération ? Et surtout, comment vous sentirez-vous après cela ?

À mon sens, c’est faire preuve de courage de montrer sa vulnérabilité et reconnaître ses erreurs. En demandant pardon, vous deviendrez aussi un modèle pour vos proches en leur montrant qu’il est toujours possible de demander pardon, du fond du cœur et avec sincérité, quel que soit notre âge.

Au pire, rien ne changera. Au mieux, tout peut changer vers une meilleure version de votre histoire. Le pardon est une force d’amour incroyable qui peut littéralement transformer la vie de chacun. Peut-être que la personne que vous avez blessée n’avance pas dans sa vie à cause de cette blessure. En lui demandant pardon, vous l’aiderez probablement à avancer sur son chemin.

Personnellement, je pense régulièrement au jour où je devrais mourir : je ne veux pas partir en ayant le regret de ne pas avoir dit les choses importantes, que ce soit d’aimer ou demander pardon.

Et comme je ne connais pas le jour où je devrais partir, je fais de mon mieux pour demander pardon rapidement après avoir compris que j’ai pu blesser quelqu’un. Nous sommes fondamentalement humains et nous apprenons aussi bien de nos blessures que de nos erreurs..

Crédit photo : Shameer Pk sur Pixabay

Marie-Aude Bourson

Éditrice et fondatrice de Présences Magazine.

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