fbpx
Vous aimez cet article ? Partagez-le autour de vous !

Marie-Aude Bourson
Un but à atteindre ?
Marie-Aude BoursonUn but à atteindre ?
{{heart_svg}}LikeLiked
3

En tant qu’éditrice de Présences magazine, j’ai le privilège de pouvoir lire les articles avant leur parution. Et je dois avouer que certains me remuent particulièrement. Parfois un sujet, parfois une simple phrase : et hop, c’est parti pour une réflexion intense, voire un malaise impalpable. Presque toujours, ils répondent de toute façon à un questionnement du moment.

Ce mois-ci, 2 textes ont particulièrement raisonné en moi : « Nos passages, nos rituels » et « Sur le chemin de la colère ».

La transition, ce pas-sage essentiel au renouveau

Le premier, parce qu’il parle de renouveau, de passage, de transition. Et c’est exactement ce que je vis en ce moment avec Présences magazine, avec la nécessité de changer profondément le fonctionnement. Plutôt que d’acheter simplement un article, je dois trouver une autre forme de reconnaissance, plus engageante de ma part. Je suis mise en face de mes doutes et surtout de mes peurs profondes. Je ne peux plus rémunérer les auteurs pour leur article de la même façon, ce qui entraîne forcément le départ de certains qui voyaient, dans cette rémunération, et à juste titre, une forme de reconnaissance. Je suis la première à continuer de penser que c’en est une, qu’il est juste de payer les auteurs pour leur travail d’écriture. Mais la réalité m’oblige à prendre cette décision de changer le fonctionnement. Je dois alors faire face à 2 difficultés personnelles : ma peur profonde de ne plus avoir assez d’auteurs et donc assez d’articles pour le numéro de mars, et le questionnement profond de ma propre valeur. Qui suis-je pour demander à des auteurs d’écrire gratuitement pour ce  magazine ?

Et c’est justement là où se trouve l’apprentissage : qu’ai-je, moi, à apporter à ces auteurs ? à leur offrir qui ait autant de valeur que leur temps passé à écrire ? Y a-t-il quelque chose de plus important que l’argent qui nous servait jusqu’à présent d’étalonnage de valeur, monnaie d’échange dont on nous a martelé depuis notre enfance qu’elle était la seule valable, la seule référence possible ? N’y a-t-il pas une autre énergie qui nous définit et qui peut s’échanger ? Cette réflexion, qui demande un réel effort de ma part (cf l’article « Pas de travail spirituel sans effort ! »), est présente depuis 2-3 mois, car elle vient remuer en moi des peurs profondes. Elle pose les questions essentielles du « qui suis-je vraiment » et « qu’ai-je à apporter aux autres ». Je suis ainsi obligée de me retourner sur mon parcours de vie pour en extraire les qualités qui ont toujours été là, le moteur / fil rouge qui m’a amenée jusqu’ici. Je suis aussi appelée à revoir mes priorités, mes aspirations les plus profondes.

Redevenir libre

Depuis un an maintenant, je travaille sans relâche pour faire vivre ce magazine, au point d’en avoir oublié ou mises de côté certaines parties de moi qui sont pourtant essentielles : du temps dans mon agenda, et écrire. Du temps, parce que je suis de nature créative et visionnaire, et que j’ai besoin de respirations, loin du tumulte quotidien, pour faire place au vide et écouter mes intuitions. Avec le recul, je m’aperçois que je me suis éparpillée à trop vouloir essayer de trouver des solutions pour trouver de nouveaux lecteurs, guidée par la peur de ne pas pouvoir payer les auteurs. Inutilement puisque de toute façon, je n’ai jamais trouvé l’équilibre financier.

Je ne regrette rien, tout est apprentis-sage. Et ce que j’ai appris en en prenant conscience ces dernières semaines, c’est que je n’ai plus envie de gaspiller mon temps et mon énergie mentale à me battre contre les algorithmes des réseaux sociaux qui me semblaient jusqu’à présent la seule solution pour vite décoller. En courant après cet objectif absolu, j’ai oublié de vivre à ma façon, celle qui me définit vraiment : LIBRE.

J’ai passé trop de temps sur les réseaux sociaux que je n’apprécie guère, où l’information ne fait que passer et n’est réellement vue que par à peine 10% de vos abonnés, sauf si vous payez de la publicité. Ce temps, et surtout cette énergie, j’aurai pu les utiliser pour « respirer » et pour me focaliser uniquement sur ce que j’aime réellement faire et où sont mes réelles capacités : lire, corriger les articles, accompagner les auteurs dans leur écriture et leur développement, les interviewer et partager sur Youtube ces entretiens qui sont complémentaires de leurs écrits. En somme : apporter beaucoup plus de valeur aux lecteurs et à ma vie.

Quant à ma relation avec les auteurs, elle devient beaucoup plus lumineuse : le rapport d’argent n’étant plus un lien, un autre s’impose. Celui d’un lien vrai, d’une relation d’échange profonde, et la puissante volonté commune de participer ensemble à quelque chose qui nous dépasse, en mutualisant nos compétences personnelles, pour les mettre au service d’une mission bien plus grande : œuvrer à l’ouverture des consciences. Nous gagnons alors en simplicité, en confiance de nous savoir reliés et plus seuls dans notre coin, en joie profonde de comprendre que nous sommes dans la justesse de nos propres chemins. Nous nous aidons mutuellement, tels des compagnons de route dont la voie est similaire.

Plutôt qu’un étalonnage financier, nous échangeons à présent nos compétences, au service d’un objectif plus grand que nous. Plus loin que l’échange « temps = valeur monétaire », en mettant en commun nos engagements, nous créons encore plus de valeur, une troisième entité qui vit par elle-même et nous montre malgré nous la voie. Une voie du cœur.

Se positionner : un acte nécessaire pour tout le monde

Mais cela va encore plus loin. En faisant le choix conscient de me positionner clairement, j’amène les auteur.e.s à se positionner également. Quelle est leur motivation profonde à écrire ? Qu’est-ce qui les pousse à continuer sans rétribution immédiate ? Sans attente chiffrée ? Ils sont eux aussi questionnés sur leurs aspirations réelles et la justesse de leur propre cheminement. En continuant, ils font acte de foi dans ce que l’avenir leur réserve.

En se positionnant, en faisant ce choix de continuer avec de nouvelles règles du jeu, nous permettons aussi aux lecteurs de Présences magazine de continuer à nous lire, de nourrir leur réflexion pour avancer sur leur chemin. De comprendre aussi qu’ils font partie intégrante de l’aventure et de l’appel à l’ouverture des consciences.

La transition permet de revenir sur son chemin

Ce constat personnel établi entraîne alors la fameuse transition dont parle Myriam de Lesaka dans son article. Je change de fonctionnement, j’arrête de m’éparpiller et me recentre sur mon Essentiel. J’ai passé un nouveau cap en affrontant et acceptant mes peurs. Je deviens nouvelle et plus forte, en lâchant complètement prise et en faisant confiance à l’univers pour la suite.

Et là, à partir du moment où j’ai consciemment exprimé que je n’ai plus d’attente quant au nombre d’articles à publier chaque mois, quant aux statistiques de vues du site depuis les réseaux sociaux, quand je lâche enfin ces peurs, le miracle arrive. Par le vide laissé par ces peurs disparues, je permets au nouveau d’arriver sans que je l’ai forcé. De nouveaux auteurs frappent à la porte, des textes encore plus lumineux arrivent, libérés de toute attente et offerts en véritable don, juste dans l’intention de transmettre.

Et je retrouve alors le chemin dont je m’étais écartée. Comme il me l’a été rappelé plusieurs fois, ma vocation est la transmission. Soit par ma propre écriture, soit en donnant les moyens à d’autres de transmettre leur propre connaissance.

Un but à atteindre : pourquoi ? Pour quoi ?

Dans son texte « Sur le chemin de la colère » auquel je faisais référence en début d’article, Yan Serre cite une phrase en apparence toute simple : « Il n’y a rien à atteindre !». Boom ! je suis touchée en plein cœur… La course dératée pour atteindre un objectif purement arbitraire m’a fait dévier du chemin. Plutôt que de me focaliser sur ce que je sais le mieux faire, plutôt que d’écouter mes intuitions profondes sur le choix de certains articles, j’ai obéi à ma peur en oubliant de faire confiance à l’univers et en refusant de voir ce qui m’était réellement demandé : juste ÊTRE pleinement ce que je suis.

Mais pourquoi cherchons-nous toujours un but à atteindre ?

En regardant derrière moi, il me semble que j’ai toujours eu un but à atteindre. D’abord ceux dictés par la société : obtenir un diplôme, trouver un bon « job », acheter une maison, fonder une famille. Puis, plus tard, des buts plus personnels : créer une société et en vivre convenablement, avoir du temps pour soi, transmettre les valeurs d’autonomie et de libre pensée à mes enfants en les retirant de l’école pendant 4 ans, écrire pour être lue. D’autres buts, plus subtils, sont venus à l’approche de la quarantaine : trouver un sens à ma vie, se réaliser…

Alors, pourquoi courrons-nous après un but ? d’où nous vient ce besoin ? pourquoi nous est-il inculqué dès le plus jeune âge ? Est-ce pour contrer notre peur de la mort ? pour oublier notre finitude ? Ou est-ce pour combler un vide,  un silence qui nous obligeraient à nous tourner vers notre intérieur ?

Car en se focalisant sur un but extérieur, et donc des objectifs à atteindre, nous évitons de nous poser la question du « qui suis-je profondément quand je n’ai rien à atteindre ou à prouver ?».

Simplement ÊTRE

Il y a quelques jours, Yan m’a gentiment appris que le maître d’Arnaud Desjardins, Svami Prajnanpad, auprès duquel il a passé quelques années, ne cherchait pas d’élèves : aucun livre, aucune conférence pour transmettre son enseignement. Autrement dit, aucun objectif à atteindre. Il se contentait d’être et estimait que ceux qui avaient réellement besoin de son enseignement viendraient tout seuls. Il écrit même dans un entretien datant du 5 août 1966 :

« Dans la vie du monde on saisit toujours un objet particulier. Mais qu’arrive-t-il quand on sent et qu’on réalise qu’il n’y a rien à saisir ? Il y a une disparition complète de la conscience du monde et quand ce sentiment se cristallise, on sent : « tout est à moi, tout m’appartient ».  L’éveil n’est rien d’autre que cela. »

Si je me permets de faire un lien avec ma propre expérience, j’en arrive à me dire qu’il ne sert à rien de courir après l’objectif d’atteindre à tout prix X lecteurs. Que si je lâche complètement prise sur mes attentes et que j’accepte de ne plus que ÊTRE qui je suis et l’insuffler à Présences magazine, alors je me libère complètement et accepte que seuls les lecteurs qui ont réellement intérêt à le lire viendront à nous.

Il n’y a alors plus personne à convaincre, plus de chiffres à atteindre, plus d’objectifs personnels. Je suis libre de publier qui je veux, de donner la voix aux messages qui résonnent avec qui je suis, et que je n’ai pas à attendre la validation de notre valeur par les statistiques.

Présences magazine EST, tout simplement, et en tant qu’auteur.e.s, nous n’avons qu’à ÊTRE nous-même, sans fioritures, sans attentes, sans comparaisons, juste là pour transmettre qui nous sommes, notre propre singularité.  Tel un phare dans la nuit, montrer notre lumière uniquement aux personnes qui la cherchent pour trouver leur propre chemin.

Crédit photo : Martin Winkler sur Pixabay


Vous aimez cet article ? Partagez-le autour de vous !
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Marie-Aude Bourson

Marie-Aude Bourson

Éditrice et fondatrice de Présences Magazine.

Voir tous les articles

1 commentaire

ut quis ipsum id ipsum sit Donec elementum tristique accumsan elit. efficitur.